—Mais non, un an, dix-huit mois peut-être...
Mademoiselle Phlipon sentit son cœur se serrer... C'était le temps où La Blancherie, sous les yeux de sa mère, faisait naître dans son âme un sentiment qui, avec une nature comme celle de Marie, devait faire la destinée de toute sa vie, si le Ciel ne l'eût prise en pitié et ne l'eût éloignée de cet homme.
—Ainsi donc, dit-elle à son amie, tu le voyais souvent chez mesdemoiselles Bordenave?
—Mais oui. Il trouva le moyen, je ne sais comment, de s'introduire dans la maison; car ses relations ne le mettaient nullement en rapport avec cette famille. Les demoiselles Bordenave sont fort riches... la cadette est très-jolie; lui, M. de La Blancherie, n'a aucune fortune...
—Vraiment! interrompit Marie.
—Eh quoi! ne le sais-tu pas?
Marie ne répondit qu'en faisant de la tête un signe négatif. Comment aurait-elle expliqué que la fortune des gens qu'elle voyait était toujours une chose qu'elle mettait hors de toute enquête?
—Eh bien! ma chère, poursuivit mademoiselle d'Hangard, La Blancherie, n'ayant aucune fortune, cherche une fille riche qu'il puisse épouser. Il est jeune, joli garçon, il a de l'esprit; tout cela apparemment lui paraît une dot suffisante, et il court les héritières. Cela est si bien connu maintenant que dans toute cette société on ne l'appelle que l'amoureux des onze mille vierges. Si tu vivais moins retirée, tu le saurais comme nous.
Mademoiselle Phlipon ne répondit rien: elle se sentait oppressée... elle songeait qu'à cette époque où La Blancherie avait été présenté chez sa mère, on disait dans le monde que M. Phlipon était riche... Elle était fille unique!... Alors cette assiduité de La Blancherie était expliquée!...
—Et j'ai pu être la dupe d'un pareil homme! disait-elle, les joues enflammées de colère contre elle-même.