Le notaire s'inclina et lui dit qu'il était prêt... En effet, que pouvait-il faire?... Madame de Logny aurait fait faire son testament par un notaire étranger qui ne pouvait défendre aucun intérêt dans une famille qui lui était inconnue. Le notaire de madame de Logny avait toujours une espérance, quelque vague qu'elle fût, d'être utile aux enfants de la mourante.
Les dispositions de madame de Logny furent longues à légaliser... et lorsque le notaire sortit de sa chambre, elle était expirante... Sa fille, mademoiselle de Logny, était pendant ce temps en prières, et demandait à Dieu de la guider dans une circonstance aussi délicate... À demi éclairée par quelques mots que sa mère avait laissé échapper dans un moment de délire, elle voulut éloigner d'elle jusqu'à l'inquiétude de pouvoir écouter une tentation. Elle fit prier le président de Périgny de passer chez elle. Lorsqu'ils furent seuls, mademoiselle de Logny dit au président qu'elle avait de vives inquiétudes sur le sort de sa sœur...
—Je crains, dit-elle, que ma mère ne persiste dans sa funeste résolution et que nous ne puissions obtenir le pardon de ma sœur... Cette nuit, tandis que je veillais auprès de ma mère, j'ai recueilli quelques paroles qui m'ont fait trembler!... Mais si, comme je le redoute, j'étais l'objet d'une injuste préférence, je veux qu'un engagement solennel me lie à jamais... C'est dans vos mains, monsieur, c'est à vous, vous que je regarde comme un père, que je jure ici devant mon Sauveur (et elle se mit à genoux devant un crucifix) de rendre à ma sœur la part qui lui revient dans le bien de ma mère!... Vous êtes témoin et dépositaire du serment que j'en fais, monsieur;... c'est comme un testament, maintenant, poursuivit-elle: je suis engagée, quoi qu'il arrive.
Le président aimait mademoiselle de Logny comme si elle eût été sa fille... il fut touché aux larmes de cette énergie donnée par le cœur que venait de témoigner cette jeune fille en face d'une position épineuse selon les vues du monde, mais facile pour une personne comme mademoiselle de Logny... elle n'était point faite pour ce monde et ne le comprenait pas...
—Allons retrouver ma mère, dit-elle à Périgny, je viens d'entendre sortir le notaire...
C'était lui, en effet, qui venait de quitter madame de Logny; accablée par l'effort qu'elle avait dû faire pour dicter ses dernières volontés, fatiguée peut-être de ce doute qui s'établit au chevet de mort du chrétien réfractaire, madame de Logny paraissait souffrir plus qu'elle n'avait encore souffert: sa respiration courte et pressée, son regard vague et quêteur, un tremblement convulsif qui agitait tous ses membres, semblaient annoncer que sa dernière heure allait bientôt sonner; sa fille se mit à genoux près de son lit, en priant Dieu tout bas. En ce moment minuit sonnait... madame de Logny tressaillit... Cette cloche, dont le son se perdait au loin, tout en résonnant à l'oreille de ceux qui veillaient, lui parut comme une sorte d'appel.
—Quelle est cette heure?... demanda-t-elle d'une voix assez assurée.
MADEMOISELLE DE LOGNY.
Minuit, ma mère...
MADAME DE LOGNY.