Brûlant et blessé comme lui!

Et sur l'autre:

Fidèle et soumis comme lui!

Il y avait peu de monde ce soir-là à souper chez madame de Custine... On était en été, et elle-même n'était à Paris que par une raison extraordinaire. M. de Caulaincourt ne craignait donc pas les suites de son espièglerie. Il soupa fort gaîment et attendit avec une joie parfaite le moment de jouir de sa malice.

Il vint enfin; après avoir causé pendant quelque temps, madame de Custine donna le signal du travail, et toutes les dames se réunirent autour d'une grande table ronde, sur laquelle étaient leurs sacs à parfiler, tandis que les hommes, qui, ce soir-là, étaient M. de Caulaincourt, M. de Ludre, M. de Toussaint et le vicomte de Custine, beau-frère de madame de Custine, se disposaient à faire la lecture de quelque ouvrage nouveau, ou bien à raconter les histoires courantes, pourvu néanmoins qu'elles n'attaquassent pas directement la réputation d'une femme. Madame de Custine était d'une sévérité positive à cet égard-là.

Les femmes s'assirent donc et commencèrent à dénouer leurs sacs à parfilage...

—Ah! mon Dieu! s'écria madame de Crenay, qu'est-ce que cela?...—Elle venait d'attraper le petit chien...

—Ah! mon Dieu! s'écria-t-elle encore; cette fois c'était de douleur, elle s'était piquée à l'épingle qui attachait le petit billet...

À la vue de toutes ces belles choses, tout le monde se récria. M. de Caulaincourt[104], qui était seul dans le secret, gardait un sérieux imperturbable: il avait mis la lettre dans le sac à ouvrage dans lequel était le mouchoir de poche. Il priait le Ciel que madame de Crenay eût envie de se moucher pour qu'elle trouvât la bienheureuse lettre. Cela ne fut pas long... elle ouvrit l'autre sac, et voilà la lettre d'amour, qui sentait l'ambre de manière à donner dix migraines, qui roule au milieu de la chambre... Pour le coup, il n'y avait pas moyen de nier!... Comme madame de Crenay avait une excellente réputation, qu'elle méritait par la régularité de sa conduite... elle fut très-troublée de ce torrent de preuves d'amour qui lui arrivait comme pour lui donner raison vis-à-vis des incrédules... L'effet de cette aventure fut très-comique. Madame de Crenay la prit au sérieux et voulait se fâcher contre le gentilhomme qui avait poussé la hardiesse jusqu'à séduire les gens, disait madame de Crenay. Car enfin, comment le chien, et le cœur, et la lettre étaient-ils arrivés dans les sacs!... On lui accorda tout ce qu'elle voulut, et M. de Caulaincourt lui proposa de remettre le cœur, le chien et la lettre à celui qui les avait envoyés.

—Mais pour cela, dit-il, il faut que je sache le nom de l'audacieux. Madame de Crenay fut longtemps à se décider... Enfin, elle consulta madame de Custine, qui fut confondue en apprenant le nom et le rang de celui qu'on rendait ainsi coupable sans qu'il y songeât. M. de Caulaincourt reçut donc la lettre, le chien et le cœur, avec une réponse très-sèche et très-clairement vertueuse... Ce qui fut bien plus amusant, ce fut le courroux digne et glacé avec lequel madame de Crenay a toujours accueilli depuis le malheureux gentilhomme dont on avait pris le nom, et qui a dû ne jamais comprendre la cause de cette sévérité. Madame de Custine, lorsqu'elle sut plus tard la plaisanterie tout entière, voulut désabuser madame de Crenay et disculper le gentilhomme; il n'y eut pas moyen, madame de Crenay n'en voulut rien croire... Elle aimait aussi la danse avec passion et dansait fort légèrement, quoique très-grasse et très-grande[105]... Sa maison était agréable, et ses soupers et ses bals avaient de la réputation.