DUPONT DE NEMOURS.
Comment cela?...
LEMERCIER.
C'est que mademoiselle Contat, bien loin d'avoir été inspirée, a failli faire tomber la pièce dès le premier acte par son découragement, et, si je ne l'eusse pas ranimée, tout était dit.
MADAME DE STAËL.
Ce que vous dites là paraît bien curieux, Monsieur Lemercier; racontez-nous comment vous avez ranimé mademoiselle Contat.
LEMERCIER.
Je ne sais, madame, si vous connaissez ma méthode invariable lorsque je fais jouer une pièce. Je ne donne pas de billets, pour que le parterre soit entièrement le maître de faire connaître son opinion; à la première représentation d'un de mes ouvrages, les voix et les mains sont libres, les opinions aussi; il suit de là qu'une pièce n'est soutenue que par elle-même, et que lorsqu'elle réussit elle est vraiment bonne, puisqu'elle a résisté à la rage envieuse de la médiocrité qui ne veut pas qu'on réussisse.
MADAME DE STAËL.
Vous ne donnez pas de billets!... C'est prodigieux!... Cela m'explique les sifflets.