Madame de Staël sonna, et demanda au valet de chambre si le Moniteur était arrivé: il ne l'était pas, et cependant deux heures venaient de sonner... Boulay-Paty continua de sourire avec malice; madame de Staël s'en aperçut, et lui en demanda le sujet... Il regarda Joubert de l'Hérault, qui sourit à son tour...

—Vous m'impatientez tous les deux, leur dit madame de Staël; qu'est-ce donc que ce beau mystère? Rien de fâcheux, je crois; car vous paraissez bien joyeux!...

Dans ce moment, le valet de chambre apporta le Moniteur.

—Ah! voici ma réponse, dit Boulay-Paty!... Permettez-moi de vous lire la réponse faite au discours de lord Grenville...

Et regardant autour de lui comme pour s'assurer de ses auditeurs:

—C'est que je ne suis pas assez dans les bonnes grâces consulaires, dit-il en souriant, pour laisser la patte du lion s'étendre une seconde fois sur moi; j'aurais peur qu'elle ne me ménageât pas maintenant...

Et alors il lut une réponse à lord Grenville, faite par M. *******, et insérée le jour même dans le journal sacramentel, dans le Moniteur. Cette réponse était, pour dire la vérité, un peu hors des limites du bon sens... on parlait pour dire des mots, mais on ne réfutait rien... Madame de Staël riait, trouvait cela ridicule, et elle avait raison... mais tout le monde se mit à rire comme elle, en entendant cette singulière phrase:

Quant à la vie et à la mort du général Bonaparte, mylord, ces choses-là sont au-dessus de votre portée.

—Pour ceci, dit Joubert de l'Hérault, c'est un peu plus fort que les flatteries de Sieyès qui, dit-on, en invente de nouvelles tous les jours.

—Oui, dit Bergasse[117], pour les changer en railleries lorsqu'il est chez lui!