Non; mais je le crois superstitieux.
MADAME DE STAËL.
Et puis, écoutez donc, il lui est plus difficile, en effet, de penser qu'il doit mourir qu'à un autre... et quand on ne rencontre plus comme lui d'obstacles dans les hommes, on s'indigne contre la nature, qui seule est inflexible dans sa marche et ses arrêts... Alors vient la colère contre ceux qui rappellent au grand homme qu'un jour il lui faudra mourir comme nous.
JOUBERT DE L'HÉRAULT.
Qu'espère-t-il donc? vivre toujours?...
Je ne pense pas qu'il croie à l'immortalité; mais il serait possible qu'il voulût que le peuple français, comme le peuple de Rome, l'appelât votre Éternité... (On rit.) Bizarre destinée de l'espèce humaine, condamnée à rester dans le même cercle par les passions, tandis qu'elle avance toujours dans la carrière des idées!...
Dans ce moment, on annonça M. Billy Vanberchem[118] et M. Hottinguer, tous deux banquiers alors à Paris, et habitués de la maison de madame de Staël.
—Ah! leur dit-elle, vous allez m'apprendre ce qu'on dit sur la paix avec l'Angleterre... vous devez savoir ce qui en est, ou personne ne le sait.
—Ne vous moquez pas de nous, répondit M. Hottinguer, nous ne savons que ce que disent les journaux.