J'allais beaucoup dans le monde; les bals reprenaient, et je n'en manquais pas un. Mais comme les affaires ne doivent pas souffrir des volontés de la folie, la mienne se soumettait à la nécessité, et tout allait donc fort bien, affaires et folies, ajouta-t-il en s'inclinant profondément devant madame de Staël.

MADAME DE STAËL, souriant.

Je n'en doute pas... poursuivez.

M. VANBERCHEM.

Un jour, j'étais allé au bal chez madame Hinguerlot, et j'étais rentré à quatre heures et demie du matin fort sagement, car habituellement je ne rentrais qu'au jour; mais j'avais une affaire très-importante à terminer. J'avais des valeurs immenses chez moi tant en traites au porteur qu'en or et en bijoux, et le lendemain matin à huit heures il me fallait être de ma personne et avec tout cela au fond du Marais; mon valet de chambre devait m'éveiller à sept heures.

C'était assez la coutume; car chaque matin je me levais à la lumière, quelle que fût l'heure à laquelle je m'étais couché. (Il s'incline encore.)

MADAME DE STAËL, souriant et joignant les mains.

Je vous demande pardon...

M. VANBERCHEM.

Mon valet de chambre entrait dans ma chambre, allumait mon feu, et puis allait préparer mon déjeuner, c'est-à-dire une tasse de chocolat, et donner ordre pour qu'on attelât mon cheval...; pendant ce temps-là je mettais mes papiers en ordre, et puis je sortais.