Allons donc! quel conte me faites-vous là?

M. DUPATY.

C'est la vérité: il a pris à M. Seguin une belle fureur de chasse; il a fait venir de l'une de ses terres de Jouy, ou de quelque autre, car il est un peu comme le marquis de Carabas, notre hôte, il a fait venir un renard et un lièvre; il a mis le renard derrière le lièvre, les chiens derrière le renard, et puis ensuite il s'est mis derrière tout cela, en leur criant: Tayaut!!!—lors le lièvre, poursuivi par le renard; le renard, poursuivi par les chiens, et ceux-ci ayant après eux Seguin avec son cor, qui sonnait de toute la force de ses poumons; toute cette belle troupe a fait peut-être trois ou quatre fois le tour du jardin dans un ordre parfait, et si rapproché, que le tout aurait été couvert d'une nappe. Tout à coup la porte du vestibule s'est ouverte au moment où le lièvre, qui est un peu fou de sa nature, et qui n'a déjà pas assez de place lorsqu'il se trouve dans la forêt de Saint-Germain, passait devant cette porte; aussitôt qu'il vit une issue, il s'y précipita: le renard et les chiens, au nombre de huit, l'ont suivi dans l'instant, et tout aussitôt la chasse s'est trouvée du jardin au premier étage... Le renard a été forcé dans la chambre à coucher de madame Seguin, et le lièvre a eu le cou tordu dans cette même chambre où j'ai l'honneur de vous raconter son infortune. Quant aux chiens, il a été fait mention honorable de leur dévoûment, au point de quitter la terre battue pour poursuivre leur proie sur le parquet ciré d'un salon. Cette course unique dans la noble science de la chasse manque au beau livre d'enseignement de Jacques du Fouilloux[130]... Mais, au reste, il a bien fait de ne la pas écrire, s'il en a vu une semblable.

MADAME HAINGUERLOT.

Pourquoi donc?

M. DUPATY.

C'est qu'on ne la croirait pas!...

MADAME HAINGUERLOT, apercevant madame Seguin, et l'appelant.

Ma belle, dites-moi donc, je vous conjure, si ce que me dit Charles Dupaty est vrai?... il me raconte qu'on a crié hallali dans votre chambre?

MADAME SEGUIN, souriant.