On dansait toujours dans plusieurs pièces; mais une seule, comme aujourd'hui, et comme toujours, je crois, était la belle salle et celle où dansaient les belles danseuses. Mais il fallait une grande place; et il était rare qu'il y eût deux contredanses: il fallait pour cela que le salon fût très-vaste, et presque jamais ensuite la contredanse n'était à douze ni à seize. Je ne me rappelle pas avoir vu M. de Trénis, par exemple, M. Laffitte, M. de Châtillon ou M. Dupaty danser dans une contredanse de douze ou de seize; et M. de Trénis faisait les mêmes façons en figurant dans un quadrille, pour exiger que la foule se retirât, que Garat pour obtenir du silence lorsqu'il chantait.
M. de Trénis avait pour Seguin le plus burlesque des mépris, qu'il ne prenait pas la peine de lui cacher. Cet amour pour faire danser, lorsqu'il ne connaissait ni le fondu du balancé, ni l'esprit de l'entrechat, ni la grâce et la noblesse tout ensemble de la révérence, lui paraissait un crime, à lui qui faisait de tout cela l'affaire apparente de sa vie. Un mardi, jour habituel des bals de Seguin, nous trouvâmes M. de Trénis dans une colère sérieuse, qui était la plus amusante chose du monde. Le sujet de cette colère était une chasse au renard et une chasse au lièvre, que Seguin avait faites le matin même.
—Mais, lui dit madame Hainguerlot, il chasse tous les jours, quelle nouveauté y a-t-il à cela?... Mon cher Trénis, je crois qu'il y a ce soir cinquante personnes de plus, et que vous êtes de mauvaise humeur de ce que Seguin ne vous a pas fait une belle place.
M. DE TRÉNIS.
Non, madame; j'ai dansé deux contredanses, et parfaitement à mon aise: l'une avec mademoiselle Charlot, l'autre avec mademoiselle Pérotin, et je n'ai eu qu'à me louer, ajouta-t-il d'un air modeste et pourtant triomphant, de la bonté du public...; plus tard, je vous demanderai la faveur d'une contredanse: maintenant il est encore de trop bonne heure.
MADAME HAINGUERLOT.
Mais vous ne nous dites pas pourquoi Seguin a été si ridicule de chasser ce matin après tout, et je veux le savoir? Ah! M. Charles, vous êtes raisonnable, vous!... Dites-moi ce que c'est que cette histoire de chasse?...
M. DUPATY (Charles), qui arrivait dans le même instant.
Est-ce que Trénis ne vous a pas dit la chose, madame? Eh bien! vous saurez donc que c'est ICI, dans cette maison, que la chasse a eu lieu.
MADAME HAINGUERLOT.