M. DE LONNOY.
Il est fort sage... Que lui importe qu'on rie de ses extravagances si, lorsqu'il appelle, on vient à lui... Je vous en fais juge, madame...
Dans ce moment, on annonça le souper, et tout le monde quitta l'appartement du bal.
—Je voudrais bien savoir, dit madame de Château-Regnault en allant dans la salle à manger, si Seguin raconterait lui-même sa belle expédition?
LE COLONEL FOURNIER.
Je réponds qu'il la tient à honneur; c'est un original qui a surtout la manie de le paraître. Je crois que Seguin est pour ses ridicules ce que le duc d'Orléans était à ses vices, lorsque Louis XIV disait: Mon neveu est un fanfaron de crime.—Et tenez, voilà Seguin précisément; voulez-vous que je le lui demande?
Il l'aurait fait, si on ne l'en eût empêché. On soupa très-bien et très-gaiement. De retour dans le salon, les mères et les maris, voyant l'aiguille d'une magnifique pendule marquer trois heures, prirent les palatines et les châles, et se disposèrent à partir; mais Seguin, se plaçant au milieu du salon, s'écria: «Mesdames, la porte du vestibule est fermée, et je jure que personne n'aura sa voiture, qu'on ne m'ait donné ma belle contredanse; voyons si nous sommes au complet.»
Et faisant le tour du salon, il nous compta pour voir si en effet nous pouvions lui donner sa belle contredanse.
Voici ce que c'était que cette belle contredanse.
Ordinairement elle était composée de seize femmes, dont la plus vieille n'avait pas vingt ans; il n'y avait point d'hommes: elle n'était même jolie que comme cela; on choisissait les meilleures danseuses, et les plus habiles faisaient les cavaliers. Julien avait ordre de ne jouer que la Trénis, la Pâris, la Psyché, et d'autres encore dont les figures, par leur difficulté, faisaient briller le talent des belles danseuses[134].