BARRAS.

Il en serait le maître. Il n'est pas Français, et nulle loi ne le frappe; mais il en est une plus forte que toutes en ce monde, c'est celle de l'opinion, et la nôtre est entièrement contre M. Necker dans ce qui est au pouvoir aujourd'hui.

MADAME DE STAËL, s'approchant de Barras et lui tendant la main.

Voulez-vous faire la paix, mon cher directeur? J'ai pensé depuis hier à ce que je vous ai dit, et, toutes réflexions faites, j'ai tort.

BARRAS, se levant et lui baisant la main.

Oh certes! et de grand cœur; je veux bien faire la paix avec vous! Vous êtes une antagoniste trop forte pour ma faiblesse!... Que voulez-vous que fasse un pauvre gouvernant bien simple comme moi contre une personne aussi supérieure que vous?

MADAME DE STAËL.

Vous raillez;... mais je suis une bonne personne, si je ne suis pas supérieure...

Elle le salua gracieusement du sourire et de la tête, et s'éloigna en tenant le bras du ministre de la république Helvétique, M. de Zeltner...

—Quelle querelle aviez-vous donc ensemble? lui demanda-t-il.