Elle-même! N'est-ce pas qu'elle est bien belle? Eh bien! cette charmante jeune fille, étant riche autant que jolie, a choisi un étranger pour mari: elle est madame de Witt, elle a épousé le fils des grands-pensionnaires ou plutôt leur descendant; elle a une immense fortune, dont elle jouit et avec laquelle elle est disposée à s'amuser et à faire de la vie tout autre chose qu'une longue pénitence, je vous jure: elle danse, rit, court tout le jour, passe la nuit dans les fêtes et trouve à peine le temps du sommeil.
M. DE ZELTNER.
Elle est si fraîche que cela se croit à peine; elle est plus vermeille que ses roses.
La jeune femme[48] qui occupait madame de Staël et M. de Zeltner était en effet bien jolie. Fraîche comme les roses qui formaient sa couronne et la garniture de sa robe, elle avait de plus un parfum de jeunesse, une vie si apparente, que l'œil le plus attristé devenait moins sombre en s'arrêtant sur elle... Elle était grande, mais sa taille ne nuisait ni à sa légèreté en dansant, ni à sa démarche et à sa tenue habituelle; elle dansait en ce même instant, et le bonheur animait tous ses traits.
—Voilà un modèle digne de vous pour une Hébé, dit madame de Staël à un homme qui arrivait auprès d'elle et la saluait. C'était David.
—Je crois, répondit-il, qu'elle a déjà été peinte ainsi par Guérin. C'est même un de ses premiers tableaux. Girodet a fait également son portrait en muse, mais il a mal réussi; et Girodet, lui-même, a défait son ouvrage. C'est bien, cela! C'est d'un véritable artiste. Détruire son œuvre lorsque la voix de l'art nous avertit que c'est mal, c'est prouver du talent. La médiocrité seule se croit parfaite.
Et saluant madame de Staël, il passa.
—Cet homme, dit-elle, me fait mal à voir... Sa laideur amère peut à peine être tolérée à côté de son beau talent... Et puis...
Et elle passa sa main sur son front, qui se plissa comme devant un souvenir pénible.