MADAME TALLIEN.

Comment, ma belle, vous aurez le courage de lui donner votre bras avec cet horrible costume! Comment n'exigez-vous pas qu'il aille auparavant le quitter?... Si j'étais de vous, je ne me lèverais pas de mon fauteuil qu'il ne fût comme tout le monde... Je suis sûre que c'est d'avoir eu cet habit[50] devant mes yeux pendant toute la soirée qui m'a fait perdre mon argent.

BARRAS, la regardant avec une expression marquée.

Comment ne me l'avez-vous pas dit? Vos commandements sont, ce me semble, des lois auxquelles jamais je ne refuse obéissance, et depuis longtemps je serais comme vous le voulez si vous eussiez dit un mot.

MADAME TALLIEN.

N'avais-je pas dit que c'était affreux!...

Barras s'éloigna rapidement, et, en peu de minutes, il revint habillé comme toujours...—Voilà, dit madame Bonaparte, une obéissance des plus gracieuses... Maintenant, chère Thérèse, permettez-moi de prendre son bras et d'aller à la recherche de Bourdon... ou plutôt venez avec nous... Mes secrets ne sont-ils pas les vôtres?

Et passant son bras sous celui de madame Tallien, elles suivirent Barras au travers d'une foule tellement serrée que, sans son aide, elles n'auraient pas pu traverser; mais lui, faisant les fonctions d'un chambellan, les précédait en disant:

—Place, place à ces dames, Messieurs...[51] Ah! citoyen Savary[52], je suis charmé de vous voir... Faites-moi le plaisir de venir déjeûner avec moi demain matin, j'ai à vous parler... Prenez garde, Mesdames... Comment cela va-t-il, mon cher Rewbell[53]? dit-il en secouant amicalement la main d'un homme dont la physionomie ouverte, mais un peu sévère, n'était pas française dans son expression... Pourquoi donc ne vous vois-je plus? poursuivit Barras; depuis que le sort nous a séparés, vous ne connaissez plus le chemin du Luxembourg.—Citoyen Cambacérès, je vous ai attendu ce matin pendant une heure pour causer avec vous de l'affaire de ce malheureux Schérer[54]!... Le déchaînement est au comble contre lui... On veut un exemple!... Comment faire?...

CAMBACÉRÈS.