MADAME TALLIEN.

Mais elle a raison; je suis assez pour elle... Cependant, écoutez; faites attention... ne la blesserez-vous pas en lui proposant d'entrer dans les petits appartements?

BARRAS, riant.

Non, non! et si vous le voulez, je vais le lui proposer. Nous aurons Mirande, madame de Château-Regnault,... et puis en hommes je le vais dire à Talleyrand, à Fouché, à Petiet... Ah diable! j'oubliais!... cet imbécile de Mouquet[57] n'a-t-il pas été accuser madame de Staël de complot royaliste, que sais-je moi, avec Talleyrand?... cela ne me compromettra-t-il pas alors d'avoir madame de Staël à souper?...

MADAME TALLIEN.

Bah! il y a longtemps que les Conseils prétendent que vous conspirez pour les Bourbons, et que même vous êtes au moment de proclamer le roi dans Paris. On m'a raconté cette belle nouvelle hier au soir, et si je ne vous en ai pas fait fête en arrivant, c'est parce que je gardais cette histoire pour le souper.

BARRAS.

Mais elle n'est pas gaie?

MADAME TALLIEN.

Ah! mon Dieu! comme vous prenez la chose tragiquement! mais c'est absurde! Allons, soyez gai, et riez à l'instant comme le doit faire un vrai roi du festin. (La pendule sonne une heure.) Une heure!.. Maintenant, il vous est défendu d'avoir une triste pensée. Obéirez-vous? continua-t-elle en lui présentant sa main.