La Convention décréta qu'une nouvelle députation de cent membres se rendrait à quatre heures au temple de la Raison, pour être témoin d'une seconde représentation de cette cérémonie sublime!...

C'est ici le cas de rendre justice à l'abbé Grégoire: il eut horreur de ces indignités, et refusa toujours d'y participer.

La seconde représentation ne fut terminée qu'à huit heures du soir... et ce fut une bacchanale et une orgie plutôt qu'une fête...

Le Directoire la conserva la première année seulement de son pouvoir. Laréveillère-Lépaux, qui avait aussi son idée, la fit abolir. Mais au moment du 18 brumaire, voici quelles étaient les fêtes ordonnées:

Tandis que l'on ordonnait ainsi des fêtes, l'orage grondait sur la tête de Barras; mais, en véritable épicurien, il ne voulait même pas entendre parler d'affaires; il disait toujours le fameux mot, à demain les affaires! Mais cette insouciance, qui devait lui devenir funeste, n'était pas feinte chez Barras; il était vraiment paresseux, et la mort ne l'eût pas effrayé au point de lui faire quitter, pour la fuir, un bon dîner et un appartement commode où il se trouvait avec des gens qu'il aimait... Il avait enfin reconnu que son système de république était absurde, et il en voulut changer;—le voulut-il pour le roi de France? je n'en sais rien. Ce qui est certain, c'est qu'en l'an VII, Barras reçut des communications du duc de Fleury, que Louis XVIII avait chargé de négocier sa rentrée en France auprès de Barras. Pour pouvoir avec plus de facilité voir les personnes qui venaient lui parler, il allait fort souvent à Grosbois; ce fut là que se passa une scène assez curieuse pour être mise dans l'Histoire du salon de Barras, en raison des personnages qui y figuraient en première ligne.

À l'époque dont nous nous occupons maintenant, c'est-à-dire en l'an VII, il y avait à Paris un homme qui, depuis, fut connu de nous tous pour avoir un esprit charmant et même supérieur: cet homme était M. de Lamothe, dont le père était avant la Révolution médecin ordinaire du Roi. La Révolution trouva le fils prêt à prendre toutes les idées nouvelles, et il s'y livra avec ardeur... Il avait reçu déjà plusieurs blessures et était venu à Paris pour s'y remettre de ses fatigues, lorsqu'il apprit tout à coup que Barras, alors président du Directoire, avait les plus fortes préventions contre lui, et on lui dit quels étaient ses crimes. À peine sut-il qu'on l'accusait d'incivisme, d'intelligence à l'étranger... qu'il alla trouver Sottin et le pria de vouloir bien l'accompagner jusqu'à Grosbois. Barras y était alors pour une Saint-Hubert, avec ses habitués intimes. M. de Lamothe dit à Sottin qu'il ne voulait pas demander un rendez-vous, et ils partirent un matin après déjeuner.

Grosbois était affectionné par Barras: il y avait fait des dépenses fort grandes et l'avait rendu un peu moins désagréable à la vue; mais c'était un endroit giboyeux, et pour Barras et ses amis il n'en fallait pas plus.

Pendant le chemin, Sottin demanda à M. de Lamothe s'il ne pouvait pas obtenir, par une voie quelconque, la protection de madame Tallien. Lamothe se mit à rire.

—Si sa protection pour moi était apparente, je la cacherais, dit-il à Sottin; le directeur ne sait que trop que je la connais déjà.