On était alors en automne, dans ces journées où un rayon de soleil est tant apprécié! où une promenade a tant de charmes, car celle du lendemain est incertaine! Mademoiselle de Fontenille proposa d'aller faire un tour dans la forêt; tout le monde accepta par acclamation, on se lève, on prend les ombrelles, on met les chapeaux et les guêtres, et toute la société de Rouvres, réunie ce jour-là par hasard à celle de Crosne et de Montgeron, se mit en marche pour la forêt de Sénart[172].
Une dame de Rouvres dont j'ai oublié le nom fut chargée, et pour cause, de madame de Travanet. Cette dame connaissait admirablement les détours de la forêt, et il le fallait pour ce qui allait suivre.
Madame de Travanet, appuyée sur son bras, était la première en avant de toute la troupe. Les jeunes personnes causaient tout en ramassant des fleurs; elles paraissaient rire de tout ce qu'elles voyaient sans donner le moindre soupçon même à la plus méfiante personne. Aussi madame de Travanet n'en eut-elle pas même l'ombre; elle causait vivement sur un sujet qui l'intéressait avec cette dame qui, pendant qu'elles marchaient, la conduisait vers le lieu du rendez-vous général, qui était dans le lieu le plus désert de la forêt, et le plus sauvage.
—Mon Dieu! pardonnez-moi de vous interrompre, dit tout à coup madame de ***, mais je crains que nous ne nous soyons égarées!
—Eh bien! il faut chercher notre route, dit madame de Travanet; il fait encore jour et nous pouvons très-bien retrouver notre chemin.
—Ce n'est pas sûr..., mais en tout cas laissez-moi faire; je connais le pays. Je connais la forêt de Sénart comme mon jardin: ainsi n'ayez aucune crainte, prenez mon bras et laissez-vous conduire.
Madame de Travanet passa son bras sous celui de madame de *** et s'en alla toujours cheminant avec elle:—Je ne sais pas pourquoi je ne lui ai pas demandé, disait plus tard madame de Travanet, très-drôlement, pourquoi elle nous avait laissé perdre comme le Petit Poucet puisqu'elle connaissait la forêt de Sénart comme son jardin...
Cependant le jour baissait... La forêt, loin de s'éclaircir devant elles, devenait plus épaisse et plus sombre... Madame de Travanet était fatiguée... bientôt elle eut peur. Madame de *** convint enfin qu'elle s'était trompée et que maintenant elle reconnaissait qu'elles étaient au milieu de la forêt, dans le plus épais du fourré, et qu'à moins d'une rencontre impossible, elles devaient passer la nuit dans le bois.
—Passer la nuit dans le bois! s'écrie madame de Travanet toute tremblante à cette seule pensée...
—Mais que faire?