MADAME DE ***, bas à son oreille.

Allons, allons, ma chère, montez dans cette voiture! que voulez-vous faire?... toute résistance est inutile...

MADAME DE TRAVANET.

Hélas! je ne le vois que trop... (Au Turc.) Monsieur, je suis résignée...

Elle dit ce mot si drôlement, que le Turc, qui n'était autre que mademoiselle de Fontenille, pensa éclater sous son masque. On mit les deux dames dans la voiture de la duchesse de Brancas, et les chevaux l'emportèrent rapidement au travers de la forêt.

Le second acte de cette comédie devait se jouer dans un vieux château situé dans la forêt de Sénart, et appelé le château des Bergeries. Ce château, encore entier sous quelques rapports, n'était pourtant plus habité, ou ne l'était plus en effet que par un vieux concierge et sa femme. Le propriétaire l'avait bien destiné à être abattu, mais sa condamnation n'avait été prononcée que pour l'année suivante, et M. de Folleville, qui le connaissait, en avait reçu la permission d'y faire ce qu'il voudrait pour la mystification qu'on préparait à madame de Travanet. Ce château des Bergeries était une des fabriques les plus heureuses qu'on pût trouver sous sa main pour servir de théâtre à des scènes comme celle qu'on jouait. Mais pour faire juger à quel point on avait compté sur la peur de madame de Travanet, il faut dire qu'elle connaissait ce château, où elle avait été cent fois; car il était le but de presque toutes les promenades des personnes qui étaient dans les environs de la forêt de Sénart, et surtout de celles de Rouvres. Ce fut donc vers le château des Bergeries que la troupe turque dirigea sa course.

Lorsque la portière fut refermée et que les deux amies furent seules, madame de Travanet donna cours alors à toute son inquiétude.—Que veulent-ils faire de moi? répétait-elle.

—Vous épouser... vous emmener à Constantinople... il a nommé le Sultan...

—Bah! ils nomment toujours ainsi leur maître!... N'allez-vous pas croire à présent que le Grand-Turc est amoureux de moi!... la belle sultane que je ferais!... Mais, grand Dieu! quel peut être cet homme?

—Écoutez donc, ma chère, il y a ici un nouvel ambassadeur d'Asker-khan, le grand chah de Perse... c'est peut-être lui!...