—Asker... hein! comment dites-vous?

—Asker-khan... c'est l'empereur de Perse.

—Mais, ma chère amie, la peur vous trouble la cervelle. Je ne suis jamais allée en Perse.

—Aussi ne vous parlé-je pas de lui, mais de son ambassadeur. C'est un bel homme qui devient très-facilement amoureux... mais il n'est pas d'une humeur facile... l'autre jour il allait faire couper la tête d'un de ses esclaves, parce qu'il avait cassé une assiette[173].

—Ma chère amie, vous m'effrayez beaucoup... vous feriez mieux de garder vos histoires pour un autre jour... voulez-vous?...

Mais tandis qu'on l'effrayait dans la voiture, il arrivait une étrange chose au-dehors. C'est que la nuit était si noire, que les gens s'étaient égarés, et ne retrouvaient plus la route du vieux château où ils devaient passer le reste de la nuit.

—Que faire? dit mademoiselle de Fontenille; quel malheur! nous ne pouvons plus continuer notre pièce qui va si bien... et d'autant mieux que notre amie n'a pas froid, et qu'elle est tranquillement dans une bonne voiture.

—Ah! tranquillement, dit le duc d'Esclignac, c'est autre chose: car elle n'est pas brave; mais si elle ne l'est pas maintenant où elle n'a rien à craindre, que devait-elle éprouver lorsqu'elle était jeune et jolie?

—Il a raison, dit Amédée de Fontenille; mais savez-vous ce que je crains, moi, c'est que nous ne soyons rencontrés par de la gendarmerie ou par des gardes-chasses... savez-vous bien que nous serions tous arrêtés, et, en vérité, dans nos costumes, nous ferions une triste figure en entrant à Essonne!...

—Ah! mon Dieu, les gendarmes! dit sa sœur... et que leur dirions-nous?... prendraient-ils de l'argent?