En apprenant le retour de Henri, mademoiselle de P... comprit que l'affection qu'elle avait pour lui était un saint et solennel amour... Une joie si pure inonda son âme, qu'elle ne put douter alors que Dieu lui avait envoyé Henri pour qu'il fût son époux...

—Je sens que je ne puis vivre sans lui, dit-elle à sa tante, et ma vie est désormais attachée à la sienne.

Lorsqu'ils se revirent, ils sourirent tristement à la vue du changement qui s'était opéré en eux dans les jours qui les avaient séparés... Amélie fut celle qui ressentit le plus de joie de ce moment, cependant mutuellement souhaité... Henri était grave et même sévère en abordant Amélie. Il comprit que cette femme mourrait s'il la repoussait, et pourtant, bien qu'il l'aimât, une force mystérieuse les séparait l'un de l'autre.

—Amélie, lui dit Henri en s'asseyant près d'elle et prenant dans les siennes sa main froide et humide, Amélie, on veut nous unir. Je vous aime et vous m'aimez, et pourtant je crains que nous ne puissions être l'un à l'autre.

Amélie s'écria: Pourquoi être aussi cruel avec moi?... ne me parlez pas ainsi.

—Écoutez-moi, Amélie, poursuivit Henri; il faut alors que nous nous entendions, et que nous tirions de notre affection une consolation pour tous deux. Vous m'aimez, et je vous aime aussi; mais cet amour, quelle joie peut-il vous donner? Je suis malheureux, voyez-vous; et m'aimer c'est vouloir s'associer à mon malheur... En aurez-vous le courage?

Amélie leva les mains et les yeux au ciel... Henri poursuivit:

—Écoutez, Amélie, cet instant est solennel; dites-moi si vous vous sentez la force d'être la compagne d'un homme qui a souffert et doit souffrir encore?

Amélie se leva et dit d'un accent assuré:—Je jure que je serai votre épouse avec joie et bonheur...

Henri la serra contre son cœur, et c'est ainsi qu'ils furent fiancés. Alors Amélie le prit par la main, et ils allèrent trouver la comtesse.