—Mon Dieu, disait-elle à Annette, que suis-je venue chercher dans ce malheureux séjour!...
Annette ne répondait rien... Mais voulant au moins distraire sa maîtresse, dès que le jour fut venu, elle courut partout avec la légèreté d'une jeune fille de vingt ans, vive et gaie, et tant que le jour dura et éclaira les vieilles murailles du manoir, elle eut le courage d'aller jusque dans les ruines, malgré tout ce que lui avait dit la vieille concierge... Elle lui avait raconté de longues histoires de revenants, d'apparitions... et Annette, qui n'avait peur que des vivants, en avait fait une longue énumération à sa maîtresse; et pour lui prouver qu'elle était brave, elle allait à tout instant parcourir le château dans toutes ses parties, puis revenait la chercher, croyant la distraire en la conduisant pour voir une vieille armure oubliée dans une galerie, ou bien un meuble antique tombant en poussière. Amélie se laissait conduire par complaisance... Mais après le dîner, se sentant fatiguée, elle se refusa à parcourir de nouveau le château... Annette partit donc seule cette fois, et laissa sa maîtresse au coin de son feu et ensevelie dans ses réflexions...
Le jour était tout à fait baissé. Amélie, inquiète de ne pas voir revenir Henri, songeait avec douleur à la différence de cette triste réalité avec le beau rêve que son imagination de jeune fille lui avait offert... Seule maintenant dans un vieux château, loin de tous les siens, de ses amis, abandonnée... elle pleurait... lorsque sa porte s'ouvrit doucement, et quelqu'un qu'elle ne reconnut pas d'abord s'approcha lentement d'elle: c'était Annette... À la lueur du feu qui, de la cheminée, éclairait à peine cette vaste chambre, Amélie vit en frémissant la pâleur de la jeune fille... Elle tremblait et pouvait à peine se soutenir.
—Madame, dit-elle en se laissant tomber sur une chaise, nous sommes perdues si nous ne partons de suite pour Paris.
—Qu'y a-t-il? s'écria Amélie...
—Silence!.. Et Annette mit un doigt sur ses lèvres... en se retournant pour voir si personne n'était derrière elle; puis elle s'approcha de sa maîtresse et lui dit très-bas:
—Madame veut-elle savoir où est M. le comte et ce qu'il fait?
—Oh! s'écria Amélie, conduis-moi à l'instant... viens...
Et elle entraînait la jeune fille...
—Un moment, dit Annette...