Annette se leva avant le jour, et eut le courage d'aller au village de la poste porter ce paquet. Elle arriva au moment du passage du courrier et vit partir la lettre. Tout allait bien.

Revenue au château sans qu'on se fût aperçu de son absence, Annette rendit le courage et l'espérance à sa maîtresse. Les deux jours s'écoulèrent comme les autres, Henri fut presque toujours absent, et toujours les mêmes assemblées et les mêmes orgies dans la grande salle furent vues par Annette et par Amélie!... Le troisième jour, au matin, une calèche attelée de quatre chevaux de poste entra dans la cour du château, et le valet de chambre de confiance de la comtesse remit une lettre à Amélie; elle contenait ce qui était convenu.

—Ah! s'écria Amélie, je vais partir à l'instant. Lisez, dit-elle à son mari en lui donnant la lettre.

—Je ne puis t'accompagner, mais il faut partir, dit aussitôt le malheureux jeune homme.

Et, serrant sa femme dans ses bras, il la fit monter en voiture, la recommanda aux soins du valet de chambre de la comtesse, et, veillant lui-même à ce que tout fût bien dans la voiture, il l'embrassa, lui promit de la rejoindre bientôt, et donna lui-même l'ordre aux postillons de partir, et surtout d'aller vite... Le malheureux!...

Amélie, en se séparant de lui, fut saisie d'un sentiment qui lui fit éprouver une vive angoisse.—Je souffre bien, disait-elle quelquefois à Annette...

Mais la terreur revenait l'assaillir de nouveau, et les remords s'effaçaient devant elle...

Arrivée à Paris, elle ne put résister aux instances de sa mère adoptive, et lui raconta tout ce qu'elle avait vu et entendu. Il leur fut démontré que le marquis ne savait rien. Quant à Henri, les deux femmes, dans leur sagesse, ne le virent pas très-coupable. En conséquence, il fut arrêté entre elles qu'il fallait le taire au marquis...

—Comme au monde entier! s'écria Amélie...

La comtesse ne répondit rien... Mais le lendemain matin elle s'en fut chez Fouché.