—Mon cher duc, lui dit-elle, je viens vous rendre gratis un bon office... mais cependant à une condition.

—Quelle est-elle?

—Vous allez le savoir. Vous faites si bien votre affaire qu'il y a dans une province de France une troupe d'hommes qui conspirent contre le gouvernement, et vous n'en savez rien... Quelqu'un parmi eux m'intéresse vivement, et avant de rien vous dire j'exige votre parole d'honneur de Français et de chrétien qu'il aura la vie sauve et la liberté; enfin arrêtez les autres et ne lui faites rien, cela est clair, je pense.

—Fort clair, en effet... Et où se trouve cette troupe?

—Vous n'en saurez pas un mot jusqu'à votre serment...

—Eh bien! je m'y engage... Je vous donne ma parole d'honneur de Français et de chrétien que le chef de votre troupe aura la vie et la liberté sauves.

La comtesse crut à L'HONNEUR, à LA FOI et au PATRIOTISME de Fouché!!.. et elle parla... À mesure que ses paroles frappèrent l'oreille de Fouché, les petits yeux de l'homme du comité de salut public scintillèrent d'un feu joyeux et sanglant.

—Oh! quel service vous me rendez!... s'écria-t-il; enfin, voilà plus de dix mois que je suis à la recherche de cette troupe qui depuis un an m'a été signalée par mes agents de l'Angleterre, et depuis près de six mois par ceux du Calvados auxquels elle a toujours échappé... Le chef est, dit-on, le fils d'un homme tué à Quiberon... il a juré de venger la mort de son père sur tout ce qui reste de l'époque de la révolution, et il a surtout juré mort à l'Empereur!... et à moi, m'a-t-on assuré!...

—Eh! non!... C'est faux!... c'est absurde!... C'est mon neveu, s'écria la comtesse, et vous l'avez fait rentrer il y a un an!...

Fouché se frappa le front.