—Mon Dieu! mon Dieu! disait madame de Montesson tandis que sa voiture roulait rapidement vers Saint-Cloud, prêtez-moi un accent qui le persuade; car ce n'est que de lui seul que j'attends quelque pitié.

Elle avait raison; elle savait qu'autour des rois, et Napoléon l'était déjà par le fait[49], il n'y a que trop de gens perfides dont la volonté d'exécution outre-passe toujours l'intention de punir du maître.

—J'ai parlé, lui dit Joséphine aussitôt qu'elle l'aperçut, mais j'ai peu d'espoir... Il est plus irrité cette fois que je ne l'ai vu encore pour des conspirations, même celle de la machine infernale, où, sans ce pauvre Rapp, Hortense et moi nous sautions en l'air, sans compter madame Murat[50]... Je lui ai parlé avec l'intérêt que je devais mettre à une aussi importante affaire, et je crains...

—Mais je veux le voir! s'écria madame de Montesson... Joséphine, faites que je le voie, et vous serez un ange.

—Vous le verrez, mon amie!... vous le verrez, calmez-vous... mais, au nom de vous-même, si vous voulez parvenir à son âme, ne me faites pas craindre ce qu'il appelle des scènes. Je le connais, et je sais que c'est le moyen de n'arriver à rien... calmez-vous.

—Eh! puis-je être calme!... si vous saviez quelle douleur, quelle désolation j'ai laissée derrière moi...

—Mais soyez tranquille, au moins en apparence... Attendez-moi... je reviens dans un moment.

Et Joséphine partit en courant... À cette époque elle était svelte encore, et sa taille avait ce charme qu'elle a conservé si longtemps.

Quelques minutes après, elle revint précipitamment;... sa figure, toujours bonne et gracieuse, était ravissante en ce moment.

—Venez, venez! s'écria-t-elle en offrant son bras à madame de Montesson et l'entraînant vers le cabinet de l'Empereur; il veut bien vous voir!... c'est d'un heureux augure.