Madame de Montesson le pensait aussi, et cette pensée lui donna des forces pour parcourir l'espace assez grand qu'il y avait entre la chambre de Joséphine et le cabinet de Napoléon; mais à peine fut-elle entrée dans ce cabinet et eut-elle regardé Napoléon, que tout espoir s'évanouit de nouveau, et ce ne fut qu'en tremblant qu'elle entra dans l'appartement... Napoléon se promenait rapidement dans la chambre, ayant encore son chapeau sur sa tête, qu'il n'ôta même pas à l'entrée de madame de Montesson.
—Eh bien, madame, lui dit-il assez brusquement... vous aussi vous vous liguez avec mes ennemis!... vous venez me demander leur vie quand ils ne rêvent que ma mort!... quand ils la cherchent et veulent me la faire trouver jusque dans l'air que je respire!... Ils me rendent craintif... moi!... oui... ils m'empêchent de sortir, parce que je redoute que la moitié de Paris ne soit victime de leur barbarie... ce sont des monstres!...
Madame de Montesson ne répondit rien... l'Empereur s'irrita de son silence:
—Vous n'êtes pas de mon avis, à ce qu'il paraît, madame?... dit-il avec amertume.
Elle baissa les yeux.
NAPOLÉON.
Vous ne voulez pas me faire l'honneur de me répondre?
MADAME DE MONTESSON.
Que puis-je vous dire, Sire?... vous êtes ému, vous êtes surtout offensé... et vous ne m'entendriez pas. Ce que je puis seulement vous affirmer, c'est que j'ai l'horreur du sang, même de celui d'un coupable!... Jugez ce que je pense de ceux qui veulent faire couler le vôtre!!!...
NAPOLÉON, se rapprochant d'elle.