Pourquoi donc alors, si vous avez de l'amitié pour moi, venez-vous intercéder pour des hommes qui me tueront demain, si tout à l'heure je leur fais grâce?...
MADAME DE MONTESSON.
Non, Sire; on vous a trompé. MM. de Polignac peuvent avoir une pensée unique, absolue, qui régit leur vie et les guide dans tout ce qu'ils font et ce qu'ils disent. Ils veulent le retour des princes, comme le général Berthier, le général Junot voudraient le vôtre en pareille circonstance; mais ils ne sont pas assassins. Ils ont pu employer un homme à qui tous les moyens sont bons; mais eux, ils sont incapables d'imaginer et encore moins d'exécuter une infamie.
JOSÉPHINE allant à lui et l'embrassant sur le front.
Que t'ai-je dit, mon ami?... tu vois que madame de Montesson te parle comme moi!... Que t'ai-je dit encore? que MM. de Polignac seraient à l'avenir liés par la reconnaissance s'ils te doivent leur vie!
Ajoutez à cette considération, qui est immense, que vous êtes dans un moment, Sire, où vous devez marquer par votre clémence plus que par la sévérité... Cette époque à laquelle vous êtes parvenu, vous savez que je vous l'ai presque prédite[51]; en faveur de cette prédiction... soyez toujours mon héros!... soyez plus, soyez l'ange protecteur de la France!... qu'on dise de vous seul ce qu'on n'a dit encore d'aucun souverain:—Il fut vaillant comme Alexandre et César, et bon comme Louis XII.
NAPOLÉON, d'une voix plus douce.
Mais je ne suis pas roi!... je ne suis, comme empereur, que le premier magistrat de la république.
MADAME DE MONTESSON, souriant.