MADAME PRIVAS.

Eh là! là! comme elle s'emporte donc, cette petite dame! Eh bien! voyons! soyez donc gentille! on ne veut pas vous faire de mal... au contraire... voilà l'histoire. Mon mari et moi nous sommes de bonnes gens... nous sommes riches... très-riches même... M. Privas, voyez-vous, a vendu des farines aux armées... il a eu des fournitures dans un bon temps, le temps où le blé manquait... il a eu des protecteurs... on l'a payé, enfin... et bien payé aussi. Nous sommes riches, et riches en honnêtes gens.

MILLIN, à demi-voix.

Oui, comme des accapareurs! Oh! les voleurs!

MADAME DE GENLIS.

Enfin, madame...

MADAME PRIVAS.

M'y voilà!... m'y voilà!... comme vous êtes vive!... m'y voilà!... Vous saurez donc que M. Privas et moi nous aimons beaucoup le monde, mais le beau monde... Nous voulons tenir maison, recevoir, nous faire honneur de notre belle fortune, enfin; et pour cela il me faut quelqu'un qui sache ce que c'est que la belle société, voyez-vous... Moi j'aime les gens comme il faut. Je n'aime pas ces parvenus qui se donnent des tons, comme si nous n'étions pas tous de la même farine. J'ai lu les Veillées du Château, j'ai lu Adèle et Théodore, et j'ai dit à M. Privas: Voilà la dame qu'il nous faut... et alors, voyez-vous, je suis venue moi-même, pour vous expliquer que vous gagnerez plus gros avec nous qu'avec vos livres, et que vous serez heureuse, parce que vous entendez bien que je ne vous tyranniserai pas... Voulez-vous accepter, chère madame?

MADAME DE GENLIS.

Je suis fort sensible, madame, à l'obligeance de votre offre, mais je ne puis y répondre.