Vous avez admis chez vous une coutume anglaise, tout aussi mal appliquée à nos manières que beaucoup d'autres: c'est celle de laver ses mains et de rincer sa bouche à table. En Angleterre, c'est une chose simple, parce que les femmes se lèvent de table au dessert; mais, pour nous, je trouve cela choquant au dernier point, de voir un homme faire sa toilette à côté de moi.

M. DE VALENCE.

Je suis de votre avis: aussi vous avez dû voir que chez votre tante toute cette toilette se fait sur des buffets où les femmes trouvent ce qui leur est nécessaire, ainsi que les hommes..... En général, la maison de madame de Montesson est citée, je vous le dirai, comme la meilleure de Paris.

MILLIN, avec un accent profondément touché.

Oh!... cela est vrai; on y fait d'abord les meilleurs dîners que j'aie mangés de ma vie. Je raisonnais de cela l'autre jour avec M. de Pont, qui trouvait avec Lavaupalière que les dîners du mercredi, surtout en carême, étaient ce qu'il avait jamais compris de plus parfait.

M. DE VALENCE.

Permettez-moi, mon cher Millin, de vous faire observer que ce n'est pas seulement par ses bons dîners que ma tante se fait autant aimer dans le monde; cela est bon pour Lavaupalière et madame de Guémené.

MILLIN.

Mais qui dit le contraire? ce n'est certes pas moi, qui suis si heureux de l'entendre causer elle-même de toutes les sciences et des arts aussi bien que les artistes et les savants eux-mêmes qu'elle rassemble chez elle.

Madame de Genlis sourit, mais sans faire une observation.