Il était rare que la conversation fût hostile en apparence chez madame de Genlis; elle connaissait trop les formes du bon goût pour ne pas savoir que rien n'est plus contraire à la bonne grâce d'une femme que cette manière acerbe avec laquelle quelques-unes accueillent aujourd'hui les productions des autres[70]. Il y a de l'envie, et l'envie donne tant de laideur à un visage de femme!... tant de fausseté au sourire!... tant d'aigreur à la voix!... tant d'amertume au regard!...

Madame de Genlis n'avait aucun de ces défauts en parlant; lorsqu'elle écrivait, elle se laissait aller trop vivement contre madame de Staël. À cette époque, on parlait dans le monde d'un roman que faisait madame de Staël et dont elle faisait des lectures chez elle en petit comité ou bien chez ses amis intimes.

MADAME DE GENLIS, avec curiosité.

Sait-on le titre de ce nouvel ouvrage?

M. DE CABRE.

Pas encore... mais j'en ai entendu quelques passages avant-hier qui m'ont charmé.

MADAME DE GENLIS, souriant.

Et votre approbation est d'un bien grand prix!—Mais comment ne savez-vous pas le titre?... Si j'avais assez de confiance en des amis pour leur lire un ouvrage, cette confiance n'aurait aucune restriction.

M. DE TALLEYRAND, qui a longtemps écouté sans parler.

Mais si elle ne sait pas encore quel nom elle donnera à son roman!...