Comment! cette foule de personnages de toute espèce, tant morts que vivants, qui paraissent dans ce livre comme dans une galerie de portraits et qui, certes, ne sont pas flattés.

M. DE LA HARPE.

Eh bien! les morts ne diront rien apparemment; et je parle des vivants comme s'ils étaient morts... ou peu s'en faut... qu'avez-vous à dire?

M. DE CABRE.

Moi, rien du tout... Cependant, ne craignez-vous pas que les vivants ne crient pour leur compte et pour celui des morts?....... J'entends d'ici un bruit...

M. DE LA HARPE.

Du bruit!... Vraiment, voilà bien de quoi m'effrayer!... Ne vous rappelez-vous plus le temps où le bruit que faisait la littérature française aux quatre coins de Paris retentissait dans toute l'Europe? Je n'ai pas la prétention de faire des mémoires, comme Jean-Jacques, sur tout ce que j'ai vu et entendu; mais, en temps et lieu, je pourrais bien m'amuser du souvenir de ces bruyantes époques, ne fût-ce que pour faire voir que ce grand fracas ne fait jamais beaucoup mal...: il en reste à peine quelque chose dans les oreilles des curieux, et même des intéressés. Depuis longtemps, pour moi, a succédé autour de moi un bruit d'une autre espèce!... (M. de La Harpe poursuit d'un ton sombre et comme inspiré.) Voilà que j'entends même dans les intervalles de silence... Quant au bruit dont vous me parlez aujourd'hui, je ne sais plus ce que c'est.

M. DE FONTANES.

Ah! parce que vous ne dites rien, vous croyez que les autres se taisent!....... parce que depuis le grand fructidor on n'a pas lu une ligne de vous dans les journaux, vous ne vous doutez pas que ceux qui vous y attaquent n'y sont que plus à leur aise?

M. DE LA HARPE.