Ah! monsieur! et vous aussi vous parlez cette langue! Vous appelez principes le mépris de ce qu'on ne connaît pas!..... Permettez-moi de vous faire observer que ce que vous venez de dire équivaut à ceci: «Vous aviez d'autres principes quand vous n'en aviez point.» Depuis quand la déraison et l'ignorance sont-elles des principes, si ce n'est pour cette espèce de philosophes qui n'en a jamais eu d'autres? Heureusement vous n'êtes pas philosophe de cette façon-là.
M. DE CHOISEUL.
Dieu m'en préserve! mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit ici, c'est de vous; et je vous dirai franchement qu'on ne comprend pas comment vous vous en êtes tiré.
M. DE LA HARPE.
On le verra; et si d'avance on ne le comprend pas, c'est que comme vous on suppose ce qui n'est pas, et ce n'est pas la première fois. Premièrement, si j'ai été philosophe, ou, pour parler français, incrédule, ceux qui m'ont connu savent si j'étais animé de cet esprit de prosélytisme qui était celui de la secte, et dont je me suis toujours moqué.—Voltaire m'a souvent reproché de n'avoir pas le zèle de la maison du Seigneur. Est-ce ma faute, à moi, si un monde né depuis vingt ans parle tous les jours de notre ancien monde comme des siècles antédiluviens? Les jeunes aristarques sont surtout curieux à cet égard, et ils me font souvent sourire de pitié en me faisant élève de Diderot.
MADAME DE GENLIS.
Mais enfin, sans avoir le zèle de vos confrères, il était alors fort naturel pour vous de vous laisser aller à l'habitude de parler légèrement au moins de ce que vous révérez aujourd'hui.
M. DE LA HARPE.
Ma correspondance avec le grand-duc était toute littéraire, et de plus je savais qu'il n'aimait pas qu'on parlât d'un objet de cette importance avec légèreté; l'avertissement était sérieux et authentique. Ce fut assez pour me tracer une route que j'ai toujours suivie.—Il n'y a rien d'un chrétien, mais aussi rien d'un impie. On y voit l'ami des philosophes, mais non pas leur flatteur.
M. DE TALLEYRAND.