Vous devez alors avoir toute satisfaction sur ce qui le concerne, car son éloge est aujourd'hui partout... Les papiers publics en sont remplis.

M. DE LA HARPE, souriant.

Raison de plus pour ne pas m'en mêler.

MILLIN.

Eh! pourquoi donc?...

M. DE LA HARPE.

Parce que je dirais du bien de lui autrement que les autres, et aujourd'hui je ne le veux pas. Vous vous rappelez tous qu'à chacune des révolutions de notre révolution, il semblait qu'il n'y eût en France qu'une seule voix dans ce qu'on entendait, un seul esprit dans ce qu'on lisait, et vous savez pourquoi. Après le 18 fructidor, s'il eût été à propos que j'écrivisse, j'aurais écrit, mais j'aurais tout dit. J'aurais été à mon aise... J'aurais dit ce que personne n'a même dit encore... C'est ma méthode. Voyez-en la preuve dans l'écrit sur le mot fanatisme, publié sous ce même Directoire entre deux proscriptions!... et cherchez ailleurs dans le même temps ce qu'on trouve là, et qu'on fut si étonné d'y lire. Les temps sont bien changés; grâces à Dieu! mes principes ne le sont pas. Je reconnais des circonstances qui prescrivent le silence: je n'en connais pas qui puissent dicter mes paroles.

M. DE CHOISEUL.

Mais vous nous parlez là de vos principes comme s'ils n'avaient jamais changé...; et ceux que vous aviez quand vous étiez philosophe?

M. DE LA HARPE.