.... Un jour M. de Lavalette écrivit à madame de Genlis en lui demandant un rendez-vous important pour ses intérêts; madame de Genlis lui indiqua le jour suivant[81].
M. de Lavalette, aussi bon que spirituel, gai jusqu'à la folie, bouffon même quelquefois, lorsqu'il était avec ses amis, était pourtant un homme fort habile et parlant de hautes affaires avec le sérieux qui leur convient. En arrivant chez madame de Genlis, il était aussi grave que le sujet qu'il venait traiter avec elle.
—Madame, lui dit-il, le premier Consul n'existe plus; l'Empereur lui a succédé. Tout vous démontre jusqu'à l'évidence que la famille à laquelle vous avez consacré bien gratuitement, au reste, les plus belles années de votre vie, ne reviendra plus en France. Celui qui la gouverne aujourd'hui ne veut pas qu'un nom illustré comme le vôtre demeure entouré de privations; votre pays vous doit une vie heureuse. Parlez, madame; que vous faut-il pour qu'elle le soit?
—J'ai déjà fait une réponse à M. de Rémusat, dit madame de Genlis.
—Cette réponse n'est point vraie, permettez-moi ce démenti, madame; l'Empereur sait, en outre, que votre santé souffre beaucoup de l'excès de travail auquel vous vous livrez. Encore une fois, faites une demande, que voulez-vous?
—Je répondrai toujours de même, dit en riant madame de Genlis.
—Eh bien! dit en souriant à son tour M. de Lavalette, voyons si votre obstination résistera à cette proposition. L'Empereur vous demanda de lui écrire tous les quinze jours... Il aime votre manière d'écrire.
—Eh! d'où la connaît-il?
—Il la connaît, enfin, que vous importe; acceptez-vous?
Madame de Genlis réfléchit un moment.