Un jour, madame de Genlis reçut une lettre fort singulière; cette lettre, très-bien écrite, sur de joli papier fort élégant, avait pour signature le nom de Jeanneton; elle témoignait un vif désir de suivre une correspondance, et indiquait une adresse qui, évidemment, n'était pas la véritable.
Madame de Genlis, entraînée par une sorte de charme répandu dans cet écrit, répondit à cette lettre... Une autre vint encore, et reçut aussi une réponse... Enfin la correspondance dura dix-huit mois. Un jour, madame de Genlis voulut enfin causer avec son anonyme.—Eh bien, nous causerons, lui dit l'étrange personne, mais vous ne me verrez pas.
Et la conversation se fit à travers une cloison.
Un jour, c'était pendant le séjour de madame de Genlis à l'Arsenal, on vint lui dire qu'une jeune paysanne lui apportait des fleurs de la part de mademoiselle Jeanneton; madame de Genlis sourit.—Faites entrer, dit-elle.
Elle vit arriver une jeune paysanne, d'une taille charmante, mince, élancée, portant le costume complet de paysanne, mais évidemment fait avec des étoffes moins grossières que celles des vraies paysannes. Elle avait son petit bavolet exactement placé sur le haut de sa tête, et son chignon bien lissé. Une belle croix d'or avec un cœur tenait à son cou par un velours qui faisait juger de l'étonnant éclat du cou de cygne de la fille des champs. Ses bras, d'une blancheur également éblouissante, ainsi que ses mains, étaient tous deux d'une forme parfaite. Elle portait des fleurs dans ses bras et dans son tablier d'indienne, et un petit garçon la suivait, chargé d'une innombrable quantité de pots et de caisses contenant des plantes très-rares. L'ambassadrice de mademoiselle Jeanneton se mit en devoir de placer les fleurs coupées dans des vases de porcelaine qu'elle demanda à madame de Genlis.
—Pourquoi n'est-elle pas venue elle-même? dit celle-ci à la petite paysanne.
LA PAYSANNE.
Dame! j'savons pas, moi!
MADAME DE GENLIS.
Comment!... serait-elle malade?