—«Est-ce là que fut pendu M. de Souza?»

Je répondis que non et en riant à mon tour, car le souvenir de cette histoire provoquera ma gaieté jusqu'à mon dernier jour.

—«Que dites vous donc de M. de Souza? me demanda l'Impératrice quand M. de Metternich et la reine Hortense furent dans la colonne de l'anglaise.

—Oh! ce n'est pas de celui que vous connaissez, madame... mais V. M. se rappellera qu'en 1802 ou 1803, je crois, il passa par Paris un petit homme Portugais, qu'on appelait don Rodrigue ou bien don Alexandre de Souza. Il n'était pas envoyé en France, il venait ou il allait à quelque ambassade de la part de S. M. Très-Fidèle, et, tout en voyageant, il voulut voir Paris, parce que, malgré leur apparente insouciance, les Portugais sont plus curieux de toutes choses que pas un peuple de l'Europe. Ce petit monsieur de Souza était très-anglomane de sa nature: tout ce qu'il portait était de confection et de fabrique anglaise; mais, avant de quitter Paris, il dût se convaincre qu'il y avait une partie de sa toilette qui aurait pu être mieux faite et plus solide.

—Que lui arriva-t-il donc? contez moi cela pendant l'anglaise.

—Eh bien! madame, l'archi-chancelier avait un de ces beaux et solennels dîners qu'il donnait, comme le sait V. M., dans le courant du Consulat, avec une fort grande magnificence, parce qu'alors elle était presque seule dans Paris. Tout ce qui passait avec un titre ou un rang, et qui allait faire une visite à Cambacérès, était sûr de recevoir une invitation pour le mardi ou le samedi suivant. M. de Souza y passa comme les autres, et précisément je fus invitée avec M. d'Abrantès pour ce même jour, ainsi que le maréchal Mortier et le maréchal Duroc. Votre majesté sait comme le maréchal Mortier est rieur!

—Lui!.. non vraiment!.. Mortier est rieur!

—Comme un écolier... au point d'être obligé de se sauver de l'objet qui provoque sa gaieté, sans quoi il demeurerait une heure à rire devant lui... Il était donc à table à côté de moi ce même jour chez Cambacérès. Depuis le commencement du dîner il ne cessait de me dire:

—«Qu'est-ce que c'est donc que ce petit bon homme qu'on a placé à côté de moi?»

En effet, M. de Souza était infiniment petit et l'on sait que le maréchal avait six pieds deux lignes; M. de Souza avait à peine cinq pieds.