Et il faut connaître la physionomie pleine de finesse du montagnard béarnais pour comprendre celle que mit Laurence dans le hein qui termina sa phrase.

—«Non, non, répondit Ramond, je ne veux pas mentir pour satisfaire ma vanité; car qu'est-ce autre chose qu'une vanité pour répondre à ce Bérenger?... Allons, qu'il n'en soit plus question.»

Il quitta la montagne, que ses observations avaient classée parmi les plus belles des Pyrénées, en soupirant de ce qu'elle lui avait ainsi refusé l'accès de sa plus haute cime... Revenu à Saint-Sauveur, il raconta sa course avec toute vérité.

—«Et finalement, dit M. de Bérenger en se frottant les mains de contentement, vous n'êtes pas monté jusqu'au sommet du pic?

—Non.

—Ah!... c'est fort bien.»

Et voilà M. de Bérenger allant trouver Laurence, et lui disant qu'il fallait absolument qu'il retournât au pic du Midi pour y monter avec lui..

—«Mais, monsieur, c'est impossible! Je vous jure que le diable garde cette roche qui finit le pic. Je l'ai tournée, je l'ai regardée de tous les côtés, elle est imprenable!»

M. de Bérenger n'écouta rien, et il décida enfin Laurence à venir avec lui... Le fait est que je ne sais pas comment il s'y est pris, mais il est de fait qu'il est monté sur l'extrémité la plus aiguë du pic du Midi. Lorsqu'il se vit sur cette petite plate-forme, qui n'a peut-être pas vingt-cinq pieds d'étendue, il se crut un homme destiné à faire les choses les plus étonnantes. Il revint à Bagnères, et l'on peut croire que la première parole dont il salua Ramond fut celle qui lui annonçait son ascension... En l'apprenant, Ramond éprouva un petit mouvement d'impatience et même d'humeur.

—«En vérité, disait-il, c'est vraiment bien dommage qu'une si pauvre tête soit sur de si bonnes jambes!...»