«Je n'ai plus que vous,» m'écrivait-il le lendemain de cette mort. «Mon Dieu! ne soyez pas malade, car mon affection porte le malheur avec elle!... Je frappe de mort tout ce que j'aime!...»
Et c'est moi qui lui ai survécu!
Il aimait Murat avec une telle tendresse, que jamais il ne voulait me permettre de parler de lui en plaisantant; et un jour il faillit attaquer de propos une personne de ma société, qu'il trouva chez moi, et qui parla légèrement de Murat.
«J'ai un regret qui devient chaque jour un remords, me disait-il... c'est d'avoir trompé Murat!... J'ai trompé cet homme, en partageant une affection avec lui. C'est indigne à moi.»
La première fois qu'il me dit ce que je viens de rapporter, je crus qu'il voulait rire; car certes il savait bien qu'il n'était pas le seul!... mais pas du tout, la chose était des plus sérieuses. Non-seulement il la répéta sans varier; mais j'ai dix lettres de lui, dans lesquelles il me le rappelle. Le curieux de cela, c'est que la femme était devenue pour lui un être odieux!...
Il me racontait qu'un jour, étant à Naples, il était auprès de cette femme (elle logeait au palais). Son valet de chambre de confiance vint l'avertir que le roi le demandait... Aussitôt M. de Lavauguyon s'élança dans un escalier dérobé qui conduisait à une galerie commune, de laquelle il pouvait facilement regagner son appartement; mais, à l'instant où il y arrivait, le roi y arrivait de son côté. Il était pâle, agité. Une pensée instinctive lui révélait qu'il était trahi... Il s'élança sur le duc, et, saisissant le bouton de sa redingote, il lui dit d'une voix étouffée:
—«D'où venez-vous, monsieur?
—Je ne puis le dire à Votre Majesté, répondit le duc avec fermeté.
—Je veux le savoir.»
Le duc ne répondit rien.