—«Mais c'est chose faite, dit le premier Consul... D'ailleurs Joséphine est sa belle-sœur.

—Oui, général, mais elle est aussi femme du premier magistrat de la France.

—Ah! ah! c'est donc comme étiquette que cette visite a lieu? et qui donc en a tant appris à Paulette? ce n'est pas le prince Borghèse.»

Il dit ce mot avec une expression qui traduisait l'opinion qu'il s'était déjà formée de cet homme, qui, tout prince qu'il était, montrait plus de vulgarité qu'aucun transtévérin de Rome[24].

—«Ce n'est pas Paulette qui d'elle-même aura eu cette pensée...» Il se tourna alors vers moi.

«Je suis sûr que c'est chez votre mère qu'on lui a dit cela?»

C'était vrai. C'était madame de Bouillé[25] qui le lui avait dit. J'en convins, et la nommai au premier Consul...

—«J'en étais sûr,» répéta-t-il avec un accent de satisfaction qui disait que certainement il aurait recours à cette noblesse, qu'il n'aimait pas comme homme d'État, mais dont il ne pouvait se refuser à reconnaître la nécessaire influence dans une société élégante, et surtout dans une cour.

Quoiqu'on demeurât beaucoup plus de temps à table depuis qu'on y était servi avec tout le luxe royal, il était à peine huit heures lorsqu'on en sortit. Le premier Consul se promena quelque temps en attendant sa sœur qu'il voulait voir arriver dans toute sa gloire de princesse et de jolie femme; mais à huit heures et demie il perdit patience et s'en fut travailler dans son cabinet.

Madame Borghèse avait préparé son entrée pour produire de l'effet. Redoutant l'inégalité de son frère, qui souvent se mettait à table à huit heures et demie, elle ne voulut prudemment arriver qu'à neuf heures passées, ce qui lui fit manquer le premier Consul.