—C'est madame qui l'a amené avec elle,» dit Joséphine en lançant un coup d'œil du côté de la femme qui, j'en suis sûre, faisait des vœux pour sortir vivante du palais. Quant à l'homme, il se redressa de toute la hauteur de sa taille, et dit avec un accent de fermeté, qui frappa l'Empereur:
—«En venant dans le palais impérial de France, je ne croyais pas y courir le risque de ma vie ou de ma liberté. J'ai obéi à l'appel qui m'a été adressé; j'ai voulu dévoiler l'avenir à celle qui croit à la science, et je ne me reprocherai pas de lui avoir refusé mon secours. Quant à vous, Sire, vous feriez mieux de consulter les astres que de les braver.»
En écoutant cet homme, dont la figure remarquablement belle ne témoignait aucune frayeur en se trouvant ainsi dans l'antre du lion et sous sa griffe terrible, Napoléon le regarda avec une sorte de curiosité difficilement éveillée en lui.
—«Qui donc es-tu? demanda-t-il à Hermann... et que fais-tu dans Paris?
—Ce que je fais, vous le savez déjà (et il montrait de la main ses cartes de Taro encore sur la table); ce que je suis est plus difficile à dire; moi-même, le sais-je? Qui se connaît?...»
L'Empereur fronça fortement le sourcil, et marcha aussitôt vers l'étranger. Celui-ci soutint l'examen que Napoléon dirigea sur toute sa personne avec un sang-froid et une fermeté remarquables. L'Empereur ne proféra pas une parole; mais il sortit de la chambre aussitôt, et fit demander le maréchal Duroc.
«Que cette femme soit mise à l'instant hors du palais,» lui dit-il en rentrant avec lui dans la chambre de l'Impératrice qu'il trouva immobile, à la même place où il l'avait laissée.
Et Napoléon désignait la femme aux châles...
—«Comment êtes-vous venu ici? demanda-t-il à Hermann.
—Je suis venu avec madame, répondit l'Allemand.»