L'Empereur fit un mouvement, puis il dit à Duroc d'exécuter ce qu'il lui avait ordonné.
—«Je fis sortir cette femme, poursuivit Duroc, qui me racontait ce que je viens de dire, et j'emmenai le jeune Allemand avec moi. C'est un homme fort remarquable.
—Qu'est-il donc devenu?
—Mais, me dit Duroc en souriant, que voulez-vous qu'on en ait fait?»
Et son œil avait une expression singulière en me regardant; il y avait presque du reproche.
—«Dès que vous vous en êtes chargé, mon cher maréchal, je le maintiens aussi en sûreté, et même bien plus que dans ma propre maison.»
Duroc prit ma main, et je serrai la sienne, comme en expiation de la pensée tacitement supposée qui avait fait élever entre nous comme un fantôme, mais aussi qui s'était évanouie de même.... Singulière époque!...
Duroc acheva l'histoire en me disant qu'au lieu d'écrire à Madame-Mère, qui aurait été forcée d'employer un secrétaire pour lui répondre, l'Empereur avait préféré venir chercher lui-même ses renseignements. Il était donc en ce moment occupé à questionner sa mère sur la femme aux châles et le jeune et beau sorcier.
Il y avait au moins une heure que l'Empereur était chez Madame, lorsque nous le vîmes rentrer dans le salon où nous étions: il paraissait agité et il était fort pâle... Il me dit bonjour en traversant rapidement le salon, ouvrit lui-même la porte donnant sur le jardin, et, faisant signe à Duroc de le suivre, il disparut presque aussitôt par la porte de la rue de l'Université.
Cette apparition à cette heure de la journée, et ce que j'en savais, tout cela me troublait malgré moi. Je restais là immobile, sans songer à refermer cette porte, quoiqu'un vent froid soufflât sur moi, lorsque je sentis une petite main se poser sur mon épaule: c'était Madame.