—«Mon Dieu!» disait-elle à madame de Rémusat, qui était dans la confidence, c'est-à-dire de l'embarras de mettre les perles (Joséphine la connaissait trop bien pour lui parler de la façon dont elles avaient été payées)... «Mon Dieu!» lui disait Joséphine, «je ne sais comment faire pour porter ces perles... Bonaparte me ferait une scène!.. et pourtant c'est le présent d'un père, à qui j'ai fait avoir la grâce de son fils.»

C'était dans de pareilles occasions que l'Impératrice était étonnante. Elle croyait que nous prenions tout cela pour vérité... Madame de Rémusat ne répondit rien; mais elle observa que, pour une cause aussi juste, aussi belle, le premier Consul ne dirait que peu de choses.

—«Non, non!» s'écriait Joséphine toute tremblante; «non, non!... Oh! je frémis d'y penser!...»

Cependant il fallut prendre un parti. Voilà celui que conseilla Bourrienne, vrai Figaro, ayant toujours un expédient tout prêt. Madame Bonaparte mit les belles perles de Foncier, et se présenta hardiment, un jour d'opéra, devant le premier Consul. Napoléon aimait beaucoup les perles: c'était, avec une robe blanche, ce qu'il préférait pour une femme. Aussitôt qu'il vit Joséphine avec ces belles perles, il fut à elle, et, l'embrassant, comme toujours alors, aussitôt qu'il la voyait:—«Comme tu es magnifique! lui dit-il... Qu'est-ce donc que ces belles perles?... Ma foi, on les dirait fines, tant elles ont de l'Orient.

—Mais,» répondit madame Bonaparte, «elles sont fines aussi, et tu les connais... tu les a vues cent fois!...

—Moi?...» Et le premier Consul, stupéfait, regardait alternativement et sa femme et les perles.

—«Sans doute! ce sont les perles que la république cisalpine m'a données.

—Pas possible!

—C'est la vérité... Tiens, demande à Bourrienne et à madame de Rémusat...» Celle-ci s'inclina mais sans dire un mot. Bourrienne ne fut pas aussi avare de paroles: il dit effrontément et même avec un sourire ironique «qu'en effet c'était la république cisalpine qui avait donné les perles;» et il ajoutait, en racontant ensuite l'histoire à Hambourg et à Altona:

—«Je le crois bien que c'est la république cisalpine qui avait donné les perles... Elles ont été payées avec l'argent d'une fourniture mal régularisée par Berthier, et que, maintenant, la république cisalpine va payer.»