Mais laissons les fêtes pour rentrer dans le cours des événements.

QUATRIÈME PARTIE.

LA MALMAISON. 1813-1814.

L'Impératrice n'était plus à Navarre[86] lorsqu'on apprit que les premiers revers commençaient pour nous; elle en fut attérée! jamais elle n'avait pu séparer sa cause, non plus que sa vie, de celle de l'homme unique auquel son existence était liée. La femme de Napoléon est un être prédestiné; ce n'est pas une femme ordinaire, tout ce qui tient à cet homme est providentiel comme lui-même... Il n'appartient pas à l'humanité de séparer de lui ce que lui-même a choisi... Oh! comment Marie-Louise n'a-t-elle pas compris la sainte et haute mission qu'elle avait reçue d'en haut en devenant la compagne de cet homme? Joséphine, malgré sa légèreté habituelle, l'avait bien comprise, elle!... et elle n'aurait pas failli lorsque le jour du malheur arriva.

Les événements devenaient de plus en plus sinistres; l'Impératrice était à Malmaison, redoutant l'arrivée d'un courrier, lorsqu'elle reçut d'Aix en Savoie la nouvelle de l'horrible malheur arrivé à la cascade du moulin.

La reine Hortense est une des femmes les plus malheureuses que j'aie connues: depuis l'âge de seize ans je l'ai toujours suivie, et j'ai vu en elle un des êtres les plus excellents, et cependant toujours frappé au cœur. Lorsqu'elle se maria, ce fut contre sa volonté et celle de son affection toute portée vers un autre lien. Quelques années plus tard, elle perdit son fils.., son premier-né! et l'on sait que ses enfants furent toujours pour elle la première de ses affections. Ensuite vint la perte d'une couronne, sa séparation[87] avec son mari; ce ne fut que pendant les trois années qui suivirent cette séparation qu'elle eut un moment de tranquillité que des souvenirs récents troublaient encore!..

Le 1er janvier 1813, elle se leva avec une terreur que rien ne put dissiper.

—«Mon Dieu, me dit-elle, lorsque je la vis ce même jour à la Malmaison, où j'avais été présenter mes vœux de nouvel an à l'Impératrice, que nous arrivera-t-il cette année après les malheurs de celle qui vient de finir?»

Je cherchai à la rassurer, mais elle était inquiète pour son frère, et ses affections la rendaient superstitieuse. Non-seulement l'Impératrice ne la guérissait pas de ses terreurs, mais elle y ajoutait. Elle venait de lui donner une ravissante parure en pierres de couleur estimée plus de vingt-cinq mille francs: c'était bien cher pour une parure de fantaisie.

Joséphine était très-superstitieuse, comme on le sait. Aussitôt qu'elle me vit, elle vint à moi et me dit très-sérieusement: