Je souhaite à Sa Majesté,
D'abord, tout ce qu'elle désire,
Ensuite une bonne santé,
Et puis toujours de quoi pour rire.
Elle, étant Reine, et ne pouvant
Lui souhaiter une couronne,
Je lui souhaite seulement
Autant de bonheur qu'elle en donne.
La musique était charmante. J'en ai gardé le souvenir comme si je l'avais entendue hier.
Madame de Nansouty chanta comme elle chantait toujours, c'est-à-dire admirablement. En vérité, elle devait bien rire en entendant la reine de Naples et la princesse Pauline qui divaguaient à l'envi en s'agitant sur ce malheureux théâtre, où toutes deux auraient mieux fait de ne pas monter; elles étaient vraiment aussi mauvaises qu'on peut l'être, et de plus, à cette époque, la princesse Caroline surtout avait encore beaucoup d'accent. Rien ne ressemble à cela; mais c'était surtout le chant!... On ne peut malheureusement pas rendre l'effet de deux voix qui donnent continuellement le son d'une note pour une autre, et cela sans aucune mesure. La grande-duchesse de Berg était bien jolie au reste ce jour-là, quoique bien mauvaise: elle avait un costume de paysanne, tout blanc, une croix d'or attachée avec un velours noir. Ce velours faisait ressortir la blancheur de ses épaules et de sa poitrine; elle était d'autant mieux, que déjà fort commune de tournure et de taille, cet inconvénient dans une souveraine est inaperçu dans une paysanne; il place même en situation. Mais, qui ne l'était d'aucune manière, c'est qu'on imagina de la faire chanter avec le duc d'Abrantès. Ils étaient amoureux l'un de l'autre dans cette pièce; et depuis le commencement jusqu'à la fin, au grand amusement de tout le monde, excepté de moi et de Murat s'il y eût été, ils se faisaient toutes les câlineries possibles. Ils étaient nés le même jour; ils s'appelaient Charles et Caroline; enfin c'étaient des délicatesses de sentiment à n'en pas finir... On trouvait donc que cela était déjà assez bien comme cela, lorsqu'on entendit le refrain d'un air nouveau, et voilà Charles et Caroline qui s'avancent en se tenant par la main et qui chantent à deux voix sur l'air: Ô ma tendre musette! un couplet, dont j'ai par malheur oublié le commencement, mais dont voici la fin; le commencement était de même force et faisait allusion à ce même jour d'une commune naissance:
Si le ciel que j'implore
Est propice à mes vœux,
Un même jour encore
Verra fermer nos yeux.
C'était bien comique à voir et à entendre. M. d'Abrantès avait la voix très-juste, mais il ne l'avait jamais travaillée; elle était forte, puissante et assez basse pour chanter le rôle de Basile dans le Barbier. Qu'on juge de l'effet de cette voix de lutrin qui voulait être tendre avec la voix de soprano de la princesse Caroline, criarde, aigre et fausse au dernier point! C'était à s'enfuir si on n'avait pas autant ri.
Quant à la princesse Pauline, elle était si charmante qu'elle ne pouvait jamais prêter à rire; quoi qu'elle dît, elle était écoutée; le moyen de ne pas entendre ce qui sortait d'une si jolie bouche! mais elle nous a bien souvent donné la comédie pendant les quinze jours de répétition: elle ne répétait que dans son fauteuil, et lorsque M. de Chazet ou M. de Longchamps lui représentaient, dans leur intérêt d'auteur, qu'elle devait se lever. Elle répondait toujours:
—«Ne vous inquiétez pas, le jour de la représentation, je marcherai.»
Ces deux pièces furent cependant représentées devant un public fort imposant, l'Impératrice et une grande partie de la cour, cabale sans indulgence et très-disposée à nous critiquer, le corps diplomatique, l'archi-chancelier et tous les grands dignitaires qui étaient alors à Paris. Nous étions arrivés le matin avant le déjeuner, pour présenter nos vœux à l'Impératrice.
Je lui avais conduit mes enfants auxquels elle fit des cadeaux charmants, particulièrement à Joséphine, sa filleule. Après le déjeuner, on fut se promener; on revint, il y eut un grand dîner, puis nous nous habillâmes et la représentation eut lieu ainsi que je l'ai dit; après qu'on fut sorti du théâtre, nous revînmes dans la galerie dans nos costumes: l'Impératrice nous l'ayant demandé; et puis on dansa; mais comme il était tard et qu'on était fatigué, le bal fut court.
Toutes les Saint-Joseph étaient à peu près comme cette dernière; et même lorsque la reine Hortense était à Paris, il n'y avait rien de plus.