Le jeune prince leva ses grands et beaux yeux sur la personne que lui montrait son père; et, quittant la main de Napoléon, il se dirigea, sans montrer de crainte, vers Joséphine qui, l'attirant aussitôt à elle, le serra presque convulsivement contre son sein. Elle était si émue, que l'Empereur reçut la commotion qui se communique toujours à celui qui est spectateur d'une impression vive vraiment éprouvée. Le roi de Rome, à qui son père avait probablement recommandé d'être caressant pour la dame qu'il allait voir, fut charmant pour Joséphine qui, en vérité, parlait ensuite de ce moment avec une émotion qui n'était pas feinte. L'Empereur s'était éloigné de tous deux, et, les bras croisés, appuyé contre la fenêtre, il les regardait avec une expression qui annonçait tout ce qu'il devait sentir dans un pareil instant...
Le roi de Rome (comme tous les enfants, au reste), avait l'habitude de jouer avec les chaînes, les montres, tout ce qui était à sa portée. C'était alors la mode de mettre à une chaîne d'or une multitude de breloques de toute espèce[95]. Joséphine en avait une grande quantité; voyant que le jeune Prince s'amusait avec ces breloques, elle détacha sa chaîne pour qu'il pût jouer avec plus aisément... L'enfant fut charmé de cette complaisance... Il se mit à compter les différentes pièces du charivari; mais il s'embrouillait toujours lorsqu'il arrivait au nombre dix[96]. Tout à coup, il s'arrêta; et, regardant alternativement l'impératrice Joséphine et le charivari, il parut vouloir dire quelque chose.
Que voulez-vous, sire? lui dit Joséphine.
LE ROI DE ROME, hésitant.
Oh! rien.
JOSÉPHINE, se penchant vers lui, et tout bas, après avoir fait signe à l'Empereur de ne pas les troubler.
Mais encore!... dites, que voulez-vous?
LE ROI DE ROME, en montrant le charivari.
C'est bien beau, n'est-ce pas, cela, madame?
JOSÉPHINE, souriant.