Au mouvement de son ami, Giulio s'était relevé et se disposait à le suivre, en mettant comme lui la main sur son poignard; mais la surprise qu'ils éprouvèrent tous deux fit retomber leur main à leur côté.
Ils ont enfin devant les yeux l'être mystérieux qui défie toutes les recherches depuis bien des mois dans la ville de Rome... C'est une femme!... elle est jeune... belle même... ou du moins elle le serait, sans une pâleur de la tombe, une fixité dans la prunelle de ses yeux qu'elle tient ouverts et attachés sur les deux amis. Ses traits sont beaux; mais cette pâleur cadavéreuse glace la pensée qui est à côté du mot de beauté, et l'effroi est le seul sentiment que les deux jeunes gens éprouvent en la voyant.
—Que voulez-vous de moi? leur demande-t-elle avec cette même voix harmonieuse qu'ils avaient entendue.
—Connaître notre sort, répond Camille, plus hardi que son ami.... Giulio baisse les yeux sans répondre.
—Et vous? dit la sibylle...
Giulio veut parler, sa langue glacée ne peut articuler un mot; enfin il prononce à voix basse:
—Je ne veux rien savoir.
—Téméraire! dit la pâle et belle créature... ne sais-tu pas que tout mortel qui franchit ce noir rideau doit venir à ma science et partager la punition que Dieu m'infligera pour avoir osé pénétrer dans ses décrets?...
—Je vais, si vous le permettez, dit Camille, passer le premier devant votre intelligence. Giulio sera plus assuré à mon retour.
La sibylle fronça son noir sourcil sur son front d'ivoire et parut hésiter un moment; mais en remarquant la terreur visible de Giulio, elle parut le prendre en pitié, et, faisant un geste de la main à Camille, elle disparut avec lui derrière une vaste draperie noire qui masquait une autre partie de la galerie. Quelques instants suffirent pour la conférence de Camille et de la sibylle; il revint auprès de son ami le sourire sur les lèvres.