—Ma fille, prononça-t-il doucement, ma fille, dites-vous, je le répète, que la miséricorde de Dieu est infinie; revenez à vous...

Sa voix s'étant élevée à ces derniers mots, la jeune femme tressaillit...

—Quelle est cette voix! s'écria-t-elle... Puis, comme si elle eût eu honte d'elle-même, elle ramena son voile sur son visage baigné de larmes, et se remit à genoux pour continuer sa confession.

—Mon père, dit-elle avec un accent déchirant, cet amour est ma vie, et il causera ma mort. Je sais que je suis coupable, et jamais celui qui est la cause de cette ruine de moi-même ne le saura de moi. Je mourrai donc, car je ne puis vivre sans lui; mais dites-moi que Dieu me pardonnera. Oh! si je pouvais l'entendre lui-même m'annoncer la divine parole!... s'il m'était permis de revenir l'entendre lorsqu'il parle comme un messager du Ciel, dans cette chaire de vérité où je le vis pour la première fois!—Dites, mon père... le croyez-vous possible?

Giulio ne répond pas... il pleure lui-même et prie avec ferveur. Il vient d'entrevoir une horrible lumière; il craint qu'elle ne le guide à un affreux mystère... il ne peut, il ne veut pas parler.

—Priez et repentez-vous, malheureuse femme, dit-il enfin, et redoutez le SACRILÉGE.

—Mon Dieu, dit la pécheresse d'une voix étouffée... mon Dieu, quelle est cette voix!... c'est celle qui m'a perdue!... Mon Dieu! mon Sauveur! ayez pitié de moi!

Giulio se recueille; il reçoit encore quelques aveux, et prononce d'une voix entrecoupée l'absolution conditionnelle sur la tête de celle qui pleure avec tant d'amertume... Pour lui, il ne peut faire un mouvement, toute son âme est dans ses yeux... ils suivent cette femme lorsqu'elle sort du confessionnal pour aller se mettre à genoux sur un carreau de velours qu'un valet de chambre vêtu de noir a placé pour elle à quelque distance du confessionnal. Cette femme est belle, d'une exquise beauté; en s'inclinant, son voile tombe, soit par le mouvement, soit par une cause moins naturelle, et laisse voir une profusion de cheveux dorés entourant un visage aux traits doux et purs d'une madone. Ses mains, encore dégantées, sont d'une beauté égale à toute la personne de cette femme, dont les vêtements et l'entourage annoncent une noble et puissante dame de Messine.

Giulio, les yeux attachés sur cette vision évoquée pour lui par l'enfer, n'en peut détourner sa vue. Le souvenir de la sibylle pâlit devant ce visage d'ange, cette taille de vierge, si pure dans tous ses contours; Giulio, jusqu'à cette heure, a vu bien des femmes jeunes et belles, aucune n'a touché une des cordes de son cœur... Le regard de celle-ci ne s'est pas levé sur le sien, et son cœur bat en pensant à ce qui vient de se passer. Ah! c'est que la magie de l'amour vrai a une puissance inconnue à tout ce qui touche vulgairement le cœur. Celui de Giulio a sommeillé jusqu'à présent; c'est en voyant Thérésa qu'il vient de s'éveiller.

Cette femme passionnée, qui aime un religieux, cette femme, belle comme la plus belle des vierges du ciel, cette femme est donc l'ange de perdition qui doit accomplir l'œuvre de la destinée. Déjà Giulio voit la première partie de la prédiction de la sibylle: AMOUR SANS BORNES!... et le sacrilége!... Oui, le sacrilége est accompli, le religieux est aussi coupable que cette femme!.. car lui aussi l'aime de toutes les forces de son âme...