—Ah! s'écria le marquis en voyant la physionomie du jeune homme, est-il donc trop tard? votre mère!...

—Calmez-vous, mon père! ma mère vit encore. Hélas! elle semble attendre votre retour pour rendre à Dieu sa belle âme!... Elle demande constamment si vous avez ramené avec vous le révérend père Ambroise.

—Le père prieur n'a pas pu venir, mon ami, répondit le marquis tout en allant vers l'appartement de la malade; mais il m'a donné le religieux le plus renommé de son couvent pour le suppléer...

Le jeune homme gémit profondément et pleura, et les précéda pour les annoncer. Le marquis fut contraint de s'arrêter.

—Ah, mon révérend père! voilà comme elle est aimée!... Ce jeune homme n'est pas son fils!.... il serait son frère, car elle est jeune et belle...; et c'est une tête de vingt ans que la mort va frapper!...

Giulio s'approcha de lui pour lui donner un peu de force et de résignation, mais il ne trouva rien à lui dire: lui-même était frappé par une puissance inconnue.

—Laissez-moi seule avec le révérend père, dit la marquise lorsqu'elle sut qu'il était arrivé.

La voix de cette femme fit tressaillir Giulio. Tout le monde se retira.

—Mon père, dit la mourante, d'une voix que la faiblesse et l'émotion rendaient à peine distincte, je vous ai fait appeler pour vous demander votre pardon et vous supplier de me le faire accorder par un homme que j'ai peut-être bien offensé... en attaquant sa vertu!... Mais je vais mourir, et ma mort m'acquittera envers lui, n'est-ce pas, mon père?...

Giulio tombe à genoux devant ce lit qui contient sa seule affection maintenant sur la terre... Sa seule religion, son seul Dieu, son seul avenir..., cette femme qui vient de parler..., c'est Thérésa... C'est la femme du confessionnal..., c'est la femme qui aime le religieux d'une passion insensée..., c'est celle que lui aussi adore D'UN AMOUR SANS BORNES!... Il a déjà accompli les deux premiers arrêts de la destinée prononcés par la sibylle...; il ne lui reste plus qu'à être meurtrier!...