Après la soirée où se fit cette confession terrible dans l'église du monastère de Messine, Giulio avait revu Thérésa plusieurs fois. Fidèle à sa religion, il avait repoussé l'enchanteresse; mais il avait bu le philtre entier par les regards, par les paroles, par tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait exprimer par cette créature toute de flamme et d'amour, qui adorait et ne voulait qu'être aimée...
Enfin, le moine trembla pour elle et pour lui à la voix de Dieu qui, un jour, parla plus haut que celle de la passion effrénée. Il s'éloigna; Thérésa ne le revit plus. Elle retourna vainement à l'église; la chaire n'était plus occupée, le confessionnal était vide..., car, pour ELLE, c'était Giulio qui était un être humain, le reste était néant. Elle pleura...; elle souffrit, car elle aimait, l'infortunée! de cet amour qui donne le ciel lorsqu'il est heureux, mais qui tue lorsqu'il est méconnu!... Sa santé s'altéra, et bientôt sa jeune vie fut atteinte et marquée. Alors elle voulut que son dernier adieu parvînt à Giulio par une bouche sévère, peut-être, mais sûre, et elle fit demander le père Ambroise... Sa destinée, toujours inflexible, lui envoya Giulio.
En entendant, en reconnaissant cette voix aimée dont le pouvoir sur lui est bien autrement puissant que celui de Dieu, le moine s'écrie et ne peut plus longtemps se cacher à Thérésa.
—C'est moi, lui dit-il, moi qui veux mourir avec toi... moi qui t'aime plus que tu ne m'aimes peut-être!... moi qui me perds!... moi que tu rends sacrilége... Vis, Thérésa!... car, je te le répète... je t'aime.
Et ses larmes tombent sur le front de la mourante, sur son sein, sur ses mains déjà froides... elles lui redonnent la vie... elles lui montrent l'amour de Giulio.—Elle ne mourait que de sa douleur... maintenant elle vivra... elle vivra pour l'amour, puisqu'elle est aimée.
Giulio et Thérésa échangent à peine quelques mots... ils étaient inutiles dans leur situation... La jeune femme ne pouvait parler, mais elle voyait Giulio, elle pressait sa main, interrogeait son œil; et lui, la serrant dans ses bras, il rappelait au foyer de la vie tout ce qui la fait doublement sentir quand on aime comme il était aimé.
Cependant il fallait feindre... toute une famille attentive était là pour observer et peut-être punir si la moindre lumière frappait des yeux trop confiants... mais rien ne parut faire impression sur le vieillard trompé... La guérison presque miraculeuse de la marquise fut attribuée à la vertu des prières du frère Giacomo, et sa renommée grandit encore.
Thérésa fut bientôt en entière convalescence, et quelques semaines s'étaient à peine écoulées que l'église des Dominicains la revoyait encore devant son autel, priant un Dieu qu'elle offensait et qui ne devait pas lui pardonner.
Giulio l'aimait avec une égale passion; cependant il éprouvait des remords et Thérésa n'en avait pas. Bientôt la vie du religieux devint malheureuse. Il aimait toujours; mais l'excès même de cet amour lui causait une terreur qui le rendait insensé... Il passait souvent des nuits entières en prières, il s'infligeait les plus dures pénitences, et toujours les mêmes terreurs venaient l'assaillir et troublaient son âme jusque dans les moments où le charme de l'amour de Thérésa lui faisait d'abord tout oublier.
Elle s'aperçut enfin qu'un secret, un grand mystère était dans l'âme de celui qu'elle aimait. Elle résolut de tout connaître, de partager son sort, quel qu'il fût, et de lui faire voir qu'une femme, dans son amour, n'est jamais dévouée à moitié.