Elle lui demanda de lui confier la cause de ses souffrances, de ses inquiétudes... Giulio résista d'abord... puis il lui avoua ce qui s'était passé dans la terrible soirée du palais Gandolfo, et la prédiction de la sibylle.

Thérésa lui sourit doucement:

—Tu es insensé, mon ami, lui dit-elle... Eh quoi! c'est ce mot qui devrait effacer l'impression causée par les deux autres qui éveille ta terreur!... Eh quoi! n'y a-t-il pas dans ces paroles de quoi faire pâlir tout danger... toute inquiétude: Amour sans bornes! Oh! Giulio, si tu m'aimais comme je t'aime!... nous serions heureux!

Et pourtant il l'aimait ardemment!... Quelquefois, entraîné par sa passion, Giulio fixait sur Thérésa un regard qu'il n'osait pas rencontrer... Elle frémissait, son cœur battait, et le tumulte de la passion était longtemps à s'apaiser dans cette âme ardente, qui ne vivait que pour l'amour et par l'amour. Et pourtant cet amour était pur comme celui de deux anges!

Un jour, le prieur envoya Giulio à Naples dans une maison de leur ordre pour une mission très-grave. Giulio partit sans avoir pu voir Thérésa, et lui écrivit seulement en promettant son retour pour la semaine suivante; mais un mois s'écoula dans cette absence... En arrivant à Messine, le premier soin de Giulio fut de courir au palais de la marquise... Il la trouva seule, sur une terrasse, au bord de la mer... regardant les flots... pensant à lui... et pleurant... En le voyant, elle oublie la retenue d'une femme, les vœux de celui qu'elle aimait; elle se jette dans ses bras, le serre sur ce cœur dont il était la vie, et pour la première fois comprend que son bonheur, jusque-là si parfait en voyant chaque jour son ami, pouvait encore être doublé par lui.

Giulio partage et devine son émotion... Bientôt la sienne est trop vive. Il serre Thérésa avec violence contre sa poitrine; puis, la repoussant avec une égale rudesse, il s'éloigne du palais de Campo-Santo, la raison égarée et murmurant avec terreur le mot: Sacrilége!

Il passa la nuit en prières... Le matin le trouva priant encore... Il écrivit alors à Thérésa:

«Séparons-nous, Thérésa... je ne puis supporter, et pour toi, et pour moi, cette odieuse pensée d'une éternelle perdition!... Éternité!... sais-tu ce que c'est que ce mot? Éternité!... et quand la colère de Dieu l'a prononcée comme anathème, cette parole terrible, comment avoir son pardon?... Et c'est à de telles peines que je te condamnerais, Thérésa!... Jamais!... Je saurai souffrir!... Séparons-nous!...»

Thérésa était passionnée comme une Italienne, mais en même temps elle était femme... Elle adorait Giulio... mais le sombre mystère de la vie de cet homme l'effrayait en même temps qu'elle l'adorait. Cette prédiction était pour elle comme une énigme; ce qu'elle y voyait, c'est que cette prédiction attaquait la vie du malheureux par la puissance de la terreur... Alors encore une fois elle se sacrifia; elle insista pour revoir Giulio!... Hélas! il avait raison! elle crut le consoler en lui disant de douces paroles... et tous deux se perdirent!...

À dater de ce moment, l'existence de Giulio devint si malheureuse que Thérésa dut pleurer en larmes amères la funeste pensée d'avoir voulu le revoir!... Avant ce moment, Giulio n'avait pas de remords... Maintenant il n'osait plus prier... Où donc était son refuge? Enfin il ne put supporter un tel état... Il cessa de voir Thérésa, et bientôt ne lui écrivit plus.