Ce fut encore une nouvelle douleur pour la malheureuse femme!... Mais lorsqu'elle avait souffert jadis, elle était innocente... C'était un ange de pureté, une sainte colombe immolée sur l'autel du devoir!... Et maintenant, qu'était-elle devenue?... Cette pensée la rendait insensée; alors elle songeait à la mort... Hélas! la mort aussi était un crime.

Mais bientôt un devoir lui fut imposé. Ce devoir, elle le comprit... il lui redonna de l'espérance... Il existait d'ailleurs maintenant un motif pour qu'elle aimât la vie... Elle devait seulement quitter l'Italie... aller en Espagne; en Amérique... Elle voulait revoir Giulio une fois pour lui communiquer son plan... Il fallait qu'il l'accompagnât... puis, s'il en avait la force, il la quitterait... Mais Giulio se refusait à toutes les tentatives faites pour le voir... Enfin Thérésa n'hésite plus, elle a organisé leur fuite à elle seule... Et quand tout est prêt, elle se rend un soir, au moment de la bénédiction, à l'église du monastère de Giulio... Enveloppée dans un long voile noir, Thérésa, cachée derrière un des piliers massifs de la nef, attend, dans une angoisse inexprimable, le moment où Giulio restera seul pour sa méditation... Il passait devant Thérésa, enfoncé dans sa rêverie, les bras croisés sur sa poitrine, et ne voyant aucun des objets qui l'entouraient: tout à coup Thérésa s'offre à lui... elle l'arrête et lui parle avec cette énergie que prêtera toujours le cœur lorsqu'il est profondément ému... Elle lui révèle un secret aussi, elle... car elle en a un comme lui, la malheureuse!... Giulio recule devant le précipice ouvert devant lui... Tout est prêt, lui dit-elle.—Jamais!—Eh bien! alors, un dernier adieu, ce soir, à minuit... Tu as une clef du jardin du couvent qui ouvre une porte du côté de la mer... donne-la moi, et ce soir je viendrai te dire adieu pour toujours.

Giulio égaré, interdit, entend marcher; il laisse tomber la clef dans la main de Thérésa et s'enfuit rapidement. Thérésa, sûre de le revoir, s'éloigne avec joie.

À minuit, malgré la terreur qui la domine, Thérésa se rend au couvent; elle traverse une grève solitaire, ouvre la porte et se trouve dans le jardin du monastère... L'insensée! sa vie, celle de son amant, tout est joué sur un coup du hasard!...

Thérésa ne voit rien; la nuit est sombre; pas de lune, pas une étoile ne luit au ciel; elle entend marcher enfin... c'est Giulio! Mais il n'est plus incertain, il a pris des forces, il les a prises dans une pensée infernale.

—Que me veux-tu? demande-t-il à Thérésa, d'un ton brusque et sévère. Je ne puis, je ne veux pas partir; laisse-moi, et retire-toi en paix; prie pour toi et pour moi... je prierai aussi pour tous deux... pour nous faire pardonner par Dieu notre faute. Adieu, Thérésa, adieu pour la dernière fois.

Mais Thérésa est bien forte... elle prie au nom d'un autre! Elle se jette à genoux; elle supplie, pleure, baigne de larmes brûlantes les mains de Giulio... Il se laisse attendrir; lui aussi pleure sur le front de Thérésa... Elle l'entraîne vers la porte du jardin; la barque est prête... Un moment, et Thérésa triomphe!...

—Non! dit Giulio hors de lui, je ne puis!... pitié!..... Mais Thérésa insiste avec plus d'ardeur; la porte est ouverte... déjà ils en ont presque franchi le seuil, lorsque la cloche de la chapelle sonne les premières matines; Giulio l'arrête et frémit. Thérésa l'enlace de ses bras.—Laisse-moi, s'écrie le moine tout à fait égaré... Et saisissant un poignard qu'il portait toujours, il le plonge dans son sein...

Elle tomba sous ce seul coup... Giulio ne fit pas un mouvement... Le jour commençait à poindre; le moine regarda longtemps le corps sanglant de la malheureuse femme; puis, tout à coup, il souleva le cadavre, et, courant vers le rivage, il le jeta à la mer; retournant ensuite avec la même rapidité vers l'église où déjà il y avait du monde, il y entra avec sa robe teinte de sang et son poignard passé dans la ceinture de sa robe. On le saisit, on le questionna; il répondit avec vérité, quoiqu'il fût positivement fou en ce moment... Les moines l'entraînèrent dans l'intérieur du monastère... On ne le revit jamais.

—Eh bien! sire, dit la reine Hortense à l'empereur de Russie, comment trouvez-vous que Napoléon conduisait un drame?