SALON DE MADAME REGNAULT DE SAINT-JEAN-D'ANGÉLY,
À PARIS ET AU VAL.
Parmi les femmes qui, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, marquèrent par leur beauté, madame Regnault de Saint-Jean-d'Angély tient une des premières places. Elle était parfaitement belle, surtout en 1795 et 1796, au moment où l'armée d'Italie avait ses quartiers à Milan. Son portrait, par Gérard, est à peu près de cette époque; elle y est représentée comme une femme de vingt ans à peu près[112].
Madame Regnault de Saint-Jean-d'Angély est une personne que je connais depuis longtemps et que j'ai toujours aimée; elle a de l'esprit, de l'instruction, des talents, et tout ce qu'il faut au cœur pour de solides amitiés; c'est une femme qu'on recherche, qui plaît et qu'on aime quand on la connaît...
Regnault de Saint-Jean-d'Angély n'était pas tout à fait aussi aimable que sa femme; sans doute il avait du talent comme orateur, mais il était un peu brutal, et souvent plus cynique qu'il n'aurait fallu qu'il le fût avec les femmes qui étaient chez lui; mais après tout il avait de la bonté, et puis, pour ceux qui aiment l'Empereur, Regnault de Saint-Jean-d'Angély était un homme vraiment digne d'être apprécié comme un des plus fidèles serviteurs de Napoléon. Cette différence d'amabilité entre le mari et la femme formait une disparate qui quelquefois causait de la rumeur dans le salon de la jolie maison de la rue du Mont-Blanc où nous nous réunissions bien souvent alors.
J'étais fort liée avec madame Regnault dès les premiers temps de mon mariage. Junot était ami de Regnault, et comme sa femme me plaisait, nous nous liâmes, et la chose fut d'autant plus facile que les mêmes liens de société nous furent communs, et lorsque madame Marmont revint d'Italie avec son mari, après la campagne de Marengo, ces relations furent encore plus étendues. Madame Regnault voyait comme moi M. et madame Marmont, M. et madame Maret, M. et madame Duroc, Savary et sa femme, Eugène Beauharnais, et... Que dirai-je? presque toutes les femmes et les maris, dans les premières années du Consulat, étaient plus réunis que par la suite, et faisaient moins maison à part, et nous nous connaissions mutuellement beaucoup.
Regnault de Saint-Jean-d'Angély était un homme d'un grand savoir, dont Napoléon faisait grand cas. Y avait-il un cas difficile à résoudre, c'était toujours Regnault qui en était chargé. Son affection pour l'Empereur, après cela, entrait pour quelque peu dans la réputation qu'on lui accordait; mais il en avait une grande et méritée par lui-même.
Il lui arriva une singulière histoire, la première année où il fut propriétaire de son petit hôtel, rue du Mont-Blanc.
Il était un matin à s'habiller, lorsqu'on lui dit qu'un monsieur fort bien mis demandait à lui parler seul. Regnault achève de s'habiller et fait entrer le monsieur. Sa femme était dans la pièce voisine.
Le monsieur était un homme de cinquante ans environ; ses manières étaient distinguées, et tout en lui annonçait un homme comme il faut. Regnault avait le tact prompt, et lorsqu'il faisait mal, c'était sa faute. Il s'avança vers le monsieur et lui demanda en quoi il pouvait lui être utile.
M. DE ***.